09 mai 2008
Le départ
Tout d'abord, il faut dire que le Vietnam est une destination lointaine... certes, voilà une belle lapalissade, mais le voyage en lui-même est déjà une aventure, lorsqu'on a pas la chance d'avoir un aéroport international près de chez soi !
Nous avons choisi un vol de nuit, pour plus de confort, mais 13 heures de vol en classe éco, c’est long ! Notre vol n’est pas direct. C’est un choix de notre organisateur. J’avoue que je n’étais pas enchantée à l’idée de ce changement à Hong Kong, d’autant qu’à l’aller, nous n’avions qu’une heure d’escale, mais nous avons fait confiance à l’équipe. Finalement, tout s’est bien passé, et nous sommes arrivés le 8 avril à Hanoi.
Le temps était brumeux, saturé d’humidité, et très chaud.
Khoa, qui sera notre guide pour toute la partie nord, nous attend et se charge pour nous de l'obtention de nos visas: il est en effet préférable de prendre son visa sur place, plutôt que d'en faire la demande à l'ambassade à Paris. Il suffit pour ça de demander une invitation à l'organisateur vietnamien de votre séjour. Tout se fait par e-mail. On envoie l'état civil exact des participants, les dates du voyage ainsi que les numéros de passeport. On reçoit quelques jours plus tard, toujours par e-mail, un document officiel du ministère du tourisme vietnamien, en format PDF, qu'il nous suffit alors d'imprimer. Il nous sert de sésame pour embarquer. A l'arrivée, il ne reste plus qu'à payer les 60 euros par personne de frais de visa, et de faire tamponner son passeport.
Pendant que nous attendons Khoa, nous assistons au rassemblement d'un groupe de touristes français, sous les hèlements désespérés d'une jeune guide, à qui nous souhaitons en pensée bon courage! Nous nous félicitons alors d'avoir fait le choix de voyager à deux: marcher à 30, sur les chemins de ce pays, qui invite tant à la méditation m'apparaît alors comme une hérésie...mais il en faut pour tous les goûts!
Nous nous acquittons sans problèmes des formalités douanières et profitons de la disponibilité du bureau de change pour acheter des VN Dongs. Au 8 avril 2008, un euro s’échangeait pour environ 25 000 Dongs. Enfin, nous nous mettons à l’heure vietnamienne, en avançant nos montres de 5 heures. (une heure de moins qu’à Hong Kong)
Nous sortons enfin de l’aéroport et nous prenons place dans la voiture mise à notre disposition, tout en faisant connaissance de notre chauffeur, Thâi N’Guyen.
J’ouvre grands les yeux pendant tout le trajet qui nous conduit à notre Hôtel. Cette première prise de contact avec le pays est souvent riche en émotions. Bien sûr, ce qui surprend au début, c’est l’anarchie relative de la circulation routière : ici plus qu’ailleurs, les anges gardiens des cyclomotoristes sont sur-entraînés ! L’usage du klaxon est roi, et signifie des tas de choses, selon la situation : pousse-toi, bouge pas, j’arrive, attention… mais il faut admettre qu’à force, ça n’émeut plus grand monde.
Ici, comme dans tous les pays où le terrain est très cher, l’architecture est typique : les maisons sont étroites et hautes : encombrement minimum au sol, et surface habitable maximum.
Nous traversons le fleuve rouge, anormalement bas pour la saison. En amont, des bateaux sont bloqués, faute de profondeur. Ici comme ailleurs, le bouleversement climatique se fait sentir.
Notre hôtel est situé dans le vieux quartier de Hanoi, là où les rues portaient le nom des corporations qui y travaillaient, au début du siècle dernier. Je dois dire que je m’étais préparée au pire, concernant l’hébergement. Ce que j’avais lu, ça et là, était peu engageant. J’ai donc été très surprise par la qualité des hôtels vietnamiens, par leur propreté et la qualité du service.
C’est donc à l’hôtel Hong Gnoc, rue Luong Van Can, que nous avons enfin posé nos valises…euh, nos sacs à dos !
Nous prenons une douche vite fait, parce que la fatigue n’a pas raison de notre curiosité, de notre soif de découverte.
Munis d’un plan de la ville comme fil d’Ariane, et de quelques conseils de Khoa, nous partons à la découverte de la cité pétaradante.
14 mai 2008
Un après-midi à Hanoi
Le plus difficile, au début, est peut-être d’oser se faufiler dans la circulation : traverser une rue est une véritable expédition. Difficile aussi, l’adaptation à la chaleur ! il faut dire que la transition est de taille : nous avons quitté Paris sous la neige, et 30° nous pèsent à présent sur les épaules. Mais bon, on est pas des chochottes ! Une bouteille d’eau, le plan ; à nous, Hanoi !
Depuis le temps que j’en rêvais, j’ai déjà repéré la rue de la soie. Elle est à deux pas de l’hôtel, et elle descend tout droit vers le lac : parfait !
Nourrie de mes lectures, je l’ai plus fantasmée que rêvée cette rue… et la voilà :
Oui, je vous le concède, elle a considérablement perdu de son charme mythique. Mais contrairement aux apparences, elle est toujours bordée de tailleurs et marchands de soieries. En quelques heures, il est possible de se faire tailler sur mesure un ao dai (prononcer ao Zaï) ou un costume…mais attention ! Khoa nous a prévenu : ici, ils ont tendance à vous faire prendre les vessies pour les lanternes . Il aime beaucoup cette expression française, avec laquelle il a eu beaucoup de mal, lors de son apprentissage de notre langue. Heureusement que les vendeurs de « soie synthétique » sont là : il peut l’amortir, cette maudite expression !
Oui, d’accord, j’y reviens ! je vous entends protester ! mais qu’est-ce que c’est que ça, un ao dai ??? j’y viens ! un ao dai est la tenue traditionnelle des femmes vietnamiennes. C’est une longue tunique de soie à manches longues, fendue de chaque côté, à partir de la taille, et qui se porte sur un pantalon ample.
Nous venons d’arriver, un trek nous attend : pas question de s’aventurer dans les boutiques pour l’instant !
Nous filons vers le lac. Je suis un peu déçue par la lumière, qui m’empêche de prendre de belles photos. Il y a tant de brume ! L’endroit n’en est pas moins ravissant, et il règne ici une vrai douceur de vivre.
On croise souvent des femmes, coiffées du chapeau conique, portant leur palanche chargée de fruits. C’est ainsi qu’on peut acheter pour trois fois rien de petits ananas, prêts à être dégustés, sur de petits piques en bois.
Nous faisons un petit tour à la poste, pour acheter les timbres pour les indispensables cartes postales…
Nous flânons, heureux d’être là, savourant l’instant, tout simplement.
Nous jetons un œil sur le plan, et nous nous dirigeons vers la cathédrale. J’avoue avoir été surprise de voir à quel point la religion catholique était encore très présente au Vietnam. Surtout, à quel point les vietnamiens étaient libres de pratiquer leur culte, quel qu’il soit.
Cette grande bâtisse de l’ère coloniale est un peu austère de l’extérieur…et nous n’aurons pas la chance d’en visiter l’intérieur, elle est fermée.
Nous décidons de nous perdre, en marchant au gré de nos envies, et finalement, nous faisons une pause dans un café…pour boire une bière. Le français a presque disparu au Vietnam, mais quelques mots subsistent dans le vocabulaire courant. C’est le cas pour le café, souvent écrit Ka Fé, ou encore Cà Phe, pour veston aussi. Oui, je sais, ça n’a rien à voir, mais je m’en souviens, alors je vous le dis ! d’ailleurs, si je me rappelle d’autres mots, je vous les donnerai comme ça, quand ils me reviendront…
Au hasard de nos pas, nous arrivons sur un petit marché. La chaleur est étouffante aux heures les plus chaudes de l’après-midi, et les clients ne se bousculent pas…certains en profitent…
Le mélange des odeurs est parfois éprouvant. L’une, particulièrement, que nous ne parvenons pas à identifier mais qui est franchement désagréable. Ici, la viande de porc, abats compris, s’étale sans aucun moyen de réfrigération ;
là, ce sont des poissons vivants, qui tournent en rond dans une bassine ;
là encore, ce sont des poissons séchés, qui pendent à des fils.
Des femmes vendent des bols de soupe très appétissants, que les gens consomment sur place, assis sur de petites chaises en plastique.
Nous déambulons dans les allées, fascinés par ce spectacle bigarré. Nous ferons au moins trois fois le tour de ce marché, sous les yeux amusés des marchands qui nous voient si curieux de ce qui est leur quotidien.
Au coin des rues, des femmes vendent des pains "français". En fait, ils en ont vraiment l'aspect, mais pas tout à fait le goût: un peu de farine de riz est mélangée à la farine de blé. La mie est beaucoup plus aérée, plus légère.
Nous revenons vers le lac, pour mieux nous repérer dans ce dédale de rues, avant de rentrer à l’hôtel : nous avons rendez-vous avec Khoa et notre chauffeur, pour aller dîner dans un restaurant un peu particulier. Les cuisiniers et les serveurs de ce restaurants sont tous des élèves de l’école Hoa Sùa, qui forment ces jeunes gens issus de famille pauvres du Vietnam. L’école a été créée par des français. C’est un bel endroit, dans un quartier calme de la ville, qui semble très prisé. Nous y avons d’ailleurs fait un excellent repas. Si le cœur vous en dit, vous pouvez visiter le site de cette école : http://hoasuaschool.com
C'est aussi pour ce genre de choix que nous sommes fidèles à notre voyagiste: pour son engagement pour un tourisme responsable et humain.
Pour notre premier jour en terre asiatique, nous n’avons pas lézardé ! il est plus que temps d’aller dormir : demain, une longue route nous attend, qui nous conduira au départ de notre trek…
15 mai 2008
Départ pour Cao Bang
Contre toute attente, et malgré le décalage horaire, nous avons dormi comme des bébés. La chambre était vraiment très confortable. Il nous faut refermer nos sacs et partir tôt: ce matin, nous prenons la route pour Cao Bang, où nous passerons la nuit prochaine.
Ne vous fiez pas au kilométrage indiqué sur la borne! je l'ai photographiée bien après notre départ. 7 heures de route nous attendent en réalité.
Cette journée est donc une journée de transition: nous ne randonnerons pas, mais nous quittons la ville pour le nord. Très vite, le paysage change: les rizières s'étendent à perte de vue, peuplées de silhouettes courbées.
Je suis impressionnée par le courage de ces gens, qui du matin jusqu'au soir, travaillent la terre sans relâche. Jamais, durant tout notre séjour, nous ne surprendrons la moindre herbe folle dans les champs.
Nous traversons la bourgade de Thai Nguyên, où nous nous arrêtons pour boire un thé vert cultivé localement. Je me réjouis à l'idée de goûter un vrai thé vert "frais"...je ne vais pas être déçue! comment dire?...spécial. Oui, c'est ça. C'est très spécial. D'abord, au nez: je ne saurais vraiment définir l'odeur du breuvage en question, à mi-chemin entre du jus d'artichaut et d'épinards. Je ne crois pas si bien dire, car Khoa nous apprend que dans la région, les infusions d'artichaut sont très utilisées comme remède...mais en l'occurence, c'est bien du thé, mais alors très, très vert! Finalement, on se fait à tout, et à force d'en boire, nous finirons par nous habituer.
Après Thai Nguyên, la route s'élève vers le col de Cao Lac. Nous quittons la plaine, à population vietnamienne, pour entrer en pays Thô, en territoire frontalier.
Nous retrouvons un peu la brume, mais elle donne ici au paysage un charme mystérieux.
Derrière la vitre de la voiture, j'observe la nature qui défile, et je n'en finis pas de l'admirer. D'ailleurs, je remercie ici notre chauffeur pour sa patience et sa gentillesse: à chaque fois qu'il m'entendait dire "oh! regarde...!", il s'arrêtait pour que je puisse aller voir de plus près ce qui m'avait tant intéressée...autant dire que nous nous arrêtions souvent! Finalement, j'en suis arrivée à la conclusion suivante: il vaut mieux que je ne voyage pas en groupe, c'est sûr! je serais un véritable boulet et je risquerais de me faire jeter dans le premier ravin venu. Notez que j'en suis consciente!
Et là, depuis quelques kilomètres, je vois au bord de la route, des bâtisses en briques, et des rangées de je ne sais quoi, bien alignées tout autour. Des nattes les habritent. Finalement, je n'y tiens plus et je finis par demander ce que c'est...nouvel arrêt.
Il s'agit justement de briqueries! Et sous les nattes sèchent...des briques. C'est bien, vous suivez.
Dans un village où nous nous arrêtons, je constate avec suprise que pour la première fois depuis que nous voyageons dans le monde, on nous regarde avec curiosité. Bien sûr, le Vietnam s'ouvre au tourisme, de façon d'ailleurs assez impressionnante dans certaines régions, nous en reparlerons, mais depuis que nous avons quitté Hanoi, nous n'avons pas encore croisé un occidental. Habituellement, il faut bien l'avouer, nous, pauvres touristes, avons tendance à dévisager avec insistance les autochtones des pays que nous visitons. Ici, nous le sommes tout autant. Certaines femmes n'hésitent pas à venir me toucher en riant...des fois que je ne sois pas vraie...et j'aime beaucoup ces échanges. Car il s'agit bien d'échanges. Malgré la barrière de la langue, nous parvenons à communiquer: le sourire est un langage universel.
Alors que d'en d'autres pays, corrompus par le tourisme de masse, certains demandent rétribution pour se faire photographier, ici, les gens viennent à notre rencontre, et sont très heureux de poser pour nous. D'ailleurs, j'apprendrai très vite à ne blesser personne: je me suis aperçue que les plus timides, n'osant pas demander une photo, étaient tristes de ne pas être choisis comme modèles! A chaque fois, je prenais le temps de leur montrer la photo sur l'écran numérique et ils étaient ravis.
J'éclairerai mon récit de leurs sourires...ou de leurs bouilles boudeuses!
Khoa désespère d'arriver à temps à Cao Bang pour visiter le marché...il n'a pas vraiment tort! Lorsque nous arrivons, nous sommes entre chien et loup et nous découvrons que la ville n'a pas d'électricité: l'unique centrale électrique du pays ne suffit pas à éclairer tout le pays. Qu'à cela ne tienne: on se la partage! et donc, régulièrement, des villes sont plongées plusieurs heures durant dans l'obscurité, sans que personne ne proteste ( la même chose en France...!!!) Seuls les hotels sont équipés de générateurs.
Nous déposons vite fait nos bagages à l'hotel Thanh Loan (je ferai un chapitre "références" pour les éventuels routards) et nous filons au marché jusqu'à la nuit.
En soirée, nous allons dîner dans un petit restaurant très typique, où nous serons les seuls occidentaux, jusqu'à l'arrivée d'un français, professeur à l'université, spécialiste de la guerre d'Indochine. Il est là avec son guide, et il retourne une n'ième fois sur les lieux des combats. Au passage, ses talents d'orateur décuplés par la bière d'Hanoi mélangé à l'alcool de riz, il nous fait un cours d'histoire, très intéressant au demeurant.
Très heureux d'avoir un auditoire attentif, mais néanmoins au bord de l'endormissement, on arrive plus à l'arrêter. C'est Khoa qui nous sauve, en lui coupant la parole pour lui dire que nous aurions l'occasion de voir tout ça, puisque c'était précisément l'itinéraire de notre trek. A ce mot, le monsieur a comme un bug, il bafouille. "vous allez faire tout ça à pieds???!!!" ben tiens! un peu, qu'on va le faire! "pas à Coc Xa! c'est pas possible d'y aller à pieds" Coc Xa aussi! achevé le bonhomme! une bière pour le monsieur siouplait!
Nous prenons congés en disant merci, on est quand même poli!, et Alain Decaux nous dit au revoir et " ben mon vieux, bon courage, hein!"
03 septembre 2008
Baie d'Halong - Hanoi
Finies les vacances, je reprends la plume!
Nous quittons la Baie d'Halong après le déjeuner, et empruntons une route moderne, qui contraste avec la RC4 et les pistes qui déservent les villages du Nord. La circulation est dense, à mesure que nous approchons de la capitale. Mais soudain, Khoa demande à Thyen de s'arrêter. Il obéit en pilant aussitôt, et je me demande encore par quel prodige nous sommes encore vivants à ce jour. Les automobilistes nous doublent en klaxonnant furieusement, et il y a peu de chance que ce soit pour nous saluer amicalement! Khoa me demande de prendre appareil photo et camescope et je me demande bien ce qu'il y a de si intéressant à voir!...
Malheureusement, je ne sais pas mettre en ligne la séquence vidéo de ce qui va suivre, et c'est fort dommage, parce qu'à chaque fois que je la regarde, ça m'évite de prendre du Prozak! on aurait pu faire faire des économies à la sécu et j'aurais été reconnue d'utilité publique...enfin, j'extrapole, revenons à nos cochons!
Car c'est bien de cochons dont il s'agit! Au bord de cette route, dans une petite cour bétonnée, se tient le marché aux cochons.
Dans un vacarme assourdissant, les pauvres bêtes sont tâtées, évaluées, vendues...et chargées par deux sur les porte-bagages des mobylettes. Ils sont aussitôt saucissonnés, pattes en l'air, groins au vent, et emmenés vers le marché général, où il vont être abattus en fonction des demandes, pour éviter que la viande ne s'abîme trop vite avec la chaleur.
Je sais bien que ce spectacle est triste! Je sais que c'est cruel, parce qu'ils sont manipulés sans ménagement, et certains sont même tirés si violemment par la queue qu'ils sont blessés...mais les nerfs lâchent, et je pars dans un fou-rire mémorable. Je manque de m'étouffer lorsque mon mari, confondant homard et cochon, nous livre qu'ils sont installés tête en bas, parce que la cervelle retournée, ils s'endorment...et c'est cette intervention et l'éclat de rire qui va avec, que je garde précieusement sur une bande vidéo.
parenthèse personnelle: mais non, chéri, je me moque pas de toi!...t'as raison!...ça marche sur les homards! - fin de la parenthèse.
Ce moment d'euphorie nous fait oublier pour un temps la fatigue, mais la voiture nous berce à nouveau et je ne tarde pas à m'endormir. Khoa voit que je lutte pour ne rien perdre du paysage, mais il me rassure en me disant qu'il n'y a rien à voir...c'est un raccourci un peu rapide, mais au fond, assez réaliste: on rejoint bientôt l'autoroute, et le paysage se résume à une succession de chantiers immobiliers ou industriels.
Nous arrivons à Hanoi à 17h00, dans une circulation que nous jugeons infernale, mais qui, parait-il, est plutôt moins pire que d'habitude! Nous avions quitté la ville dans la brume, nous la retrouvons sous un soleil radieux. Nous retrouvons l'hotel de notre arrivée, mais la présence d'un groupe de touriste français occupe l'intégralité des chambres standard. Du coup, nous sommes installés dans l'unique suite, au dernier étage, avec vue sur les vieux quartiers. Après une semaine de confort sommaire, il faut avouer que cette surprise est plutôt agréable!
Mais comme toujours, nous n'avons pas vraiment le temps de flâner: à peine le temps de mettre enfin notre linge à sécher sur le balcon, de prendre un bain, qu'il nous faut déjà repartir: le spectacle de marionnette sur l'eau commence à 18h00, et nos places sont réservées.
Autant dire les choses tout de suite: je suis inculte. Si, si! je sais bien! hermétique aux marionnettes sur l'eau! pourtant, je sais bien
que ces spectacles sont très anciens, que leur création remonte à la nuit des temps, qu'ils sont une manifestation de l'art populaire vietnamien très vivante...oui, oui, je sais tout ça...mais je demeure hermétique. Pour ma défense, je n'accroche pas plus à notre Guignol lyonnais! Mais bon, je vais vous en parler quand même, parce que je suis bonne fille...
Avouez quand même que une heure, c'est long, quand on s'ennuie! une demie-heure aurait été suffisante pour nous permettre une approche intéressante.
Le spectacle consiste en une succession de tableaux mis en musique, tels que " la danse des dragons", "gardien de buffle jouant de la flûte", "Travaux agricoles", "chasse aux grenouilles"...et la narration se fait en vietnamien, ce qui réduit considérablement la compréhension de l'histoire.
Vous me direz, l'art ne s'explique pas...certes!
Le théâtre est plein à craquer, en majorité de groupes d'américains ou d'asiatiques très agés, qui gloussent et se trémoussent sur leur fauteuil...sorry, nous n'avons pas les mêmes valeurs, la même culture... mais qu'est-ce qu'on fait là???!!!
Lorsqu'enfin, nous sommes libérés, nous pouvons profiter de la ville, à notre rythme. Le soir, la chaleur est enfin supportable, et les commerces restent ouverts très tard. Les rues grouillent de monde.
Nous nous laissons portés par nos pas, toujours dans le vieux quartier, et décidons de dîner au Old Hanoi. C'est un charmant restaurant, assez petit, donc très calme, fréquenté par les vietnamiens comme par les occidentaux vivant à Hanoi. Evidemment, lorsque la carte est arrivée, on faisait moins les malins: vous avez déjà essayé de traduire un menu type "restaurent chinois", vous? nous non plus! et malgré le fait qu'elle soit rédigée en vietnamien et en anglais, ce soir là, nous avons misé sur la sécurité! On a goûté une soupe pho (incontournable) à la viande, délicieuse, et des nems crus...si, délicieux!
En sortant, nous sommes allés dans les boutiques de soie, en prévision de nos achats du lendemain. Les Ao Dai sont tous plus beaux les uns que les autres, et à chaque fois que j'entre, on me propose de m'en faire un sur mesure. J'aurais accepté volontiers, si nous n'étions pas partis le lendemain! Mais je ne veux pas acheter chez le premier marchand venu, et tant pis si demain, je ne trouve pas mon bonheur!
En rentrant à l'hotel, je passe par la salle internet pour parler un peu à mes filles sur msn et prendre de leur nouvelles.
Dans la chambre, nous faisons le point sur les visites du lendemain: le programme prévoit une journée de visite de monuments, et le départ en train à 19h00. Khoa nous propose la visite du mausolée d'Ho Shi Mihn et la visite de palais présidentiel...on ne peut pas dire que ça m'emballe franchement! Alors malgré la fatigue, je prends mes différents guides, que je promène depuis notre départ, et j'étudie la question...en parlant dans le vide, puisque mon mari roupille à côté de moi! j'ai carte blanche? OK! alors demain, ce sera Temple de la littérature et musée ethnographique le matin, et après-midi libre! bonne nuit...
29 septembre 2008
Un jour à Hanoi
Lorsque Khoa arrive à notre hotel, nous lui faisons part de notre souhait de visiter en priorité le temple de la littérature et le musée d'ethnographie. Il semble un peu déçu, mais le montre à peine.
La première chose qui surprend en arrivant au temple de la littérature, c'est le contraste saisissant entre le calme et la sérénité du lieu, et le vacarme de la ville environnante.
En entrant dans les jardins, c'est comme si nous remontions le temps, à l'époque où le quartier était presque désert, où il régnait ici une agitation très studieuse.
L'endroit est dans un état relativement correct, eu égard au manque d'entretien dont ce genre de bâtiment a eu à souffrir après la guerre. Aujourd'hui aidés, motivés par des fonds étrangers, les vietnamiens restaurent, comprenant aisément le potentiel touristique de leur culture.
De chaque côté d'un lac, dans une cour intérieure, s'étire une allée couverte, dans laquelle sont alignées des tortues de pierre. Derrière elles, sur des stèles, les noms de tous les étudiants ayant reçu un enseignement en ces lieux ont été gravés.
C'est là qu'étaient formés les futurs mandarins, nommés par l'Empereur en personne. Jusque là, j'imaginais que les mandarins étaient de sang bleu. Je croyais qu'ils étaient voués à devenir ces hauts dignitaires par leur naissance. Je pensais que ce système était gangréné par la corruption, et par l'incompétence de personnages coupés du monde et de la réalité de son peuple. Il n'en était rien. Non pas que la corruption n'aie jamais existé! le pouvoir appelle parfois ce genre de dérapage... Mais tout homme, né en Indochine, pouvait prétendre à devenir un jour mandarin:
Tous les trois ans étaient organisés, partout dans le pays, y compris dans les régions les plus reculées, des concours ouverts à toute personne mâle, sans condition d'age ni de rang social. Les hommes se préparaient à ce concours. Il était courant de voir, dans une même salle de classe, un homme et son fils, recevant les mêmes enseignements.
Un classement au mérite était établi, et les meilleurs éléments recevaient un enseignement gratuit de 3 ans, à l'issue duquel ils devaient passer un nouveau concours. Le processus se répétait, pendant neuf ans. Ceux qui arrivaient jusque là entraient enfin au temple de la littérature, et recevaient tous les honneurs. Et au bout de ces 3 dernières années d'enseignement, ils recevaient le titre de mandarin. Toujours en fonction du mérite, une région leur était attribuée.
On peut en déduire que le système impérial était peut-être corrompu, mais ses dignitaires n'étaient certainement pas des incompétants! Je ne pousserai pas la malice en m'interrogeant sur la réalité actuelle du régime!
Une partie du temple est réservée aujourd'hui à un musée, dans lequel sont conservés les vestiges de ces temps reculés. On peut y admirer les tenues d'étudiants, les robes des mandarins, aux couleurs flamboyantes, au motifs brodés sur la soie. Les cahiers d'étudiants aussi, le matériel de calligraphie. On peut également admirer une collection très intéressante de photos du début du siècle dernier. L'ambiance est apaisante, émouvante. Ce qui me touche, je crois, c'est la manière dont les vietnamiens d'aujourd'hui s'interdisent toute admiration pour cette période de leur histoire, qu'ils qualifient de "féodale". C'est comme si, aujourd'hui, en France, quiconque s'intéresserait à Louis XVI et aux beautés culturelles et architecturales de cette époque, craignait d'être qualifié de royaliste!
Le sujet est sensible, et je préfère ne pas l'aborder avec insistance auprès de Khoa, car il est clair que cela l'embarrasse.
Si la tortue est le symbole de la longévité, le phoenix, perché sur elle, est le symbole de l'immortalité. On retrouve souvent ces statues auprès des autels dédiés aux défunts de haut-rang.
La vie au temple était régie par un code, un rituel qui demeura quasiment inchangé durant toute la période impériale de l'Indochine.
Ce qui est troublant également, c'est de voir des vietnamiens se recueillir devant les autels des mandarins, et faire brûler des batons d'encens en offrande. C'est un peu comme ça pour bon nombre de choses dans le pays: Les gens semblent écartelés entre leur désir de modernité, d'émancipation, et leur attachement, discret mais perceptible, à cette culture qu'ils disent pourtant renier. Cette schizophrénie, consciente ou pas, est émouvante, respactable, et finalement bien naturelle.
Partout, dans les jardins de ces bâtiments traditionnels, on peut admirer de magnifiques bonzais, que des jardiniers couvent de leurs bons soins.

























