29 septembre 2008
Un jour à Hanoi
Lorsque Khoa arrive à notre hotel, nous lui faisons part de notre souhait de visiter en priorité le temple de la littérature et le musée d'ethnographie. Il semble un peu déçu, mais le montre à peine.
La première chose qui surprend en arrivant au temple de la littérature, c'est le contraste saisissant entre le calme et la sérénité du lieu, et le vacarme de la ville environnante.
En entrant dans les jardins, c'est comme si nous remontions le temps, à l'époque où le quartier était presque désert, où il régnait ici une agitation très studieuse.
L'endroit est dans un état relativement correct, eu égard au manque d'entretien dont ce genre de bâtiment a eu à souffrir après la guerre. Aujourd'hui aidés, motivés par des fonds étrangers, les vietnamiens restaurent, comprenant aisément le potentiel touristique de leur culture.
De chaque côté d'un lac, dans une cour intérieure, s'étire une allée couverte, dans laquelle sont alignées des tortues de pierre. Derrière elles, sur des stèles, les noms de tous les étudiants ayant reçu un enseignement en ces lieux ont été gravés.
C'est là qu'étaient formés les futurs mandarins, nommés par l'Empereur en personne. Jusque là, j'imaginais que les mandarins étaient de sang bleu. Je croyais qu'ils étaient voués à devenir ces hauts dignitaires par leur naissance. Je pensais que ce système était gangréné par la corruption, et par l'incompétence de personnages coupés du monde et de la réalité de son peuple. Il n'en était rien. Non pas que la corruption n'aie jamais existé! le pouvoir appelle parfois ce genre de dérapage... Mais tout homme, né en Indochine, pouvait prétendre à devenir un jour mandarin:
Tous les trois ans étaient organisés, partout dans le pays, y compris dans les régions les plus reculées, des concours ouverts à toute personne mâle, sans condition d'age ni de rang social. Les hommes se préparaient à ce concours. Il était courant de voir, dans une même salle de classe, un homme et son fils, recevant les mêmes enseignements.
Un classement au mérite était établi, et les meilleurs éléments recevaient un enseignement gratuit de 3 ans, à l'issue duquel ils devaient passer un nouveau concours. Le processus se répétait, pendant neuf ans. Ceux qui arrivaient jusque là entraient enfin au temple de la littérature, et recevaient tous les honneurs. Et au bout de ces 3 dernières années d'enseignement, ils recevaient le titre de mandarin. Toujours en fonction du mérite, une région leur était attribuée.
On peut en déduire que le système impérial était peut-être corrompu, mais ses dignitaires n'étaient certainement pas des incompétants! Je ne pousserai pas la malice en m'interrogeant sur la réalité actuelle du régime!
Une partie du temple est réservée aujourd'hui à un musée, dans lequel sont conservés les vestiges de ces temps reculés. On peut y admirer les tenues d'étudiants, les robes des mandarins, aux couleurs flamboyantes, au motifs brodés sur la soie. Les cahiers d'étudiants aussi, le matériel de calligraphie. On peut également admirer une collection très intéressante de photos du début du siècle dernier. L'ambiance est apaisante, émouvante. Ce qui me touche, je crois, c'est la manière dont les vietnamiens d'aujourd'hui s'interdisent toute admiration pour cette période de leur histoire, qu'ils qualifient de "féodale". C'est comme si, aujourd'hui, en France, quiconque s'intéresserait à Louis XVI et aux beautés culturelles et architecturales de cette époque, craignait d'être qualifié de royaliste!
Le sujet est sensible, et je préfère ne pas l'aborder avec insistance auprès de Khoa, car il est clair que cela l'embarrasse.
Si la tortue est le symbole de la longévité, le phoenix, perché sur elle, est le symbole de l'immortalité. On retrouve souvent ces statues auprès des autels dédiés aux défunts de haut-rang.
La vie au temple était régie par un code, un rituel qui demeura quasiment inchangé durant toute la période impériale de l'Indochine.
Ce qui est troublant également, c'est de voir des vietnamiens se recueillir devant les autels des mandarins, et faire brûler des batons d'encens en offrande. C'est un peu comme ça pour bon nombre de choses dans le pays: Les gens semblent écartelés entre leur désir de modernité, d'émancipation, et leur attachement, discret mais perceptible, à cette culture qu'ils disent pourtant renier. Cette schizophrénie, consciente ou pas, est émouvante, respactable, et finalement bien naturelle.
Partout, dans les jardins de ces bâtiments traditionnels, on peut admirer de magnifiques bonzais, que des jardiniers couvent de leurs bons soins.
Commentaires
Histoire avec un grand H
Je viens de lire cette page d'Histoire dont j'ignorais tout ( je ne m'interesse qu'aux mandarines !)
Dire que l'indochine fut notre pied à terre ( et à guerre) dans l'extrème Orient !
Ho combien de touristes auraient et sauraient écrire ainsi ( ces pages )
Nous l'avons attendue cette suite, mais ho miracle ! juste avant que septembre ne file aux oubliettes du passé nous pouvons la lire
Que dire de plus sinon : Merci ! Merci encore et toujours.
Zému
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=461369&pid=10759703
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :



