Des confins du Tonkin au Delta du Mekong

Un carnet de voyage et d'images, pour garder vivant le souvenir de notre séjour au Vietnam, et partager les sourires des enfants et les paysages à couper le souffle. Et pourquoi pas vous donner envie de découvrir à votre tour les mystères d'Indochine?

08 août 2008

Lang Son - Baie d'Halong

La nuit fût bonne et réparatrice, et la clim efficace: pour la première fois depuis notre départ, nous allons enfiler des vêtements secs. Ca n'a l'air de rien, mais je vous assure que c'est un vrai luxe!

Le réveil a sonné à 5h30. Je fais l'état des lieux des piqures de moustiques: 2. Malgré les moustiquaires, malgré les vêtements imprégnés de lotion insecticide et malgré les sprays pour la peau!

J'ai un peu de mal à me lever, partagée entre la joie de découvrir enfin la baie d'Halong, et la déception de le faire sous la pluie. C'est une éventualité que j'avais toujours envisagée, mais que j'avais enfouie sous des tonnes d'optimisme. Je ne cessais de dire, bien avant notre départ, à tous les oiseaux de mauvaise augure qui nous prédisaient les pires catastrophes: "m'en fous, je suis sûre que tout ira bien, et qu'on aura beau temps!"...Je me sens un peu ridicule, après la journée d'hier! Pourtant, bien reposée, délassée par une bonne douche, je me dis que je ne regrette pas d'avoir connu une vrai pluie de mousson! c'est vrai! après tout, ça fait partie du pays aussi!

Quelques minutes de méthode Coué finissent par me requinquer et lorsque je tire les rideaux, je pousse un vrai cri de joie! tant pis pour les voisins! Le ciel est clair, le soleil, malgré l'heure matinale, est déjà bien vaillant. La vue sur la rivière et sur la vieille ville est splendide.

Lang_SonL'euphorie a remplacé la morosité ambiante, même s'il ne faut pas encore crier victoire: la route est longue jusqu'à la baie. En attendant, nous ne boudons pas notre plaisir!

Nous prenons notre petit déjeuner, seuls dans la grande salle à manger, ouverte sur le jardin. Notre départ est prévu à 7h30, et l'embarquement vers midi.

Nous nous pressons un peu, afin de prendre quelques clichés de la ville avant de partir.

Lang_Son_2La vie quotidienne bat déjà son plein: le boucher est en route pour le marché, une femme ramasse les détritus qu'elle transporte grâce à sa palanche, des pêcheurs naviguent dans des embarcations pour le moins rudimentaires...

Lang_Son_3Même ici, à Lang Son, qui est tout de même une ville importante, les quartiers populaires ne présentent guères plus de commodités qu'en montagne. Bien sûr, on y trouve hôtels, restaurants et boutiques diverses, mais le quotidien des gens est toujours rythmé par les travaux des champs qui encerclent la ville.

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Nous montons en voiture à l'heure dite, et Khoa a un sourire triomphant: "tu vois, il faut pas écouter la météo"!

La route qui mène à la baie d'Halong est large et très fréquentée. Il y a encore 15 ans, le tourisme n'avait pas encore pris d'assaut cet endroit enchanteur. Aujourd'hui, je sais que je dois m'attendre à voir des immeubles en construction partout. Nous traversons une région productrice d'ananas, et de chaque côté de la route, sur des kilomètres, se succèdent des "bars à ananas".

ananas_1Ils sont délicieux, et nous nous arrêtons pour en déguster, et aussi pour en acheter pour grignoter sur le bateau, dans l'après-midi.

Ce sont des femmes qui tiennent ces petits commerces, et toutes les générations cohabitent. Les ananas sont servis épluchés, coupés, prêts à être dégustés, et le thé vert est offert pour l'accompagner.

ananas_2Inutile de dire qu'ils sont vendus pour trois fois rien, et qu'ils remplacent avantageusement les sucreries que l'on est tenté de grignoter parfois!

Nous nous approchons du littoral, et nous découvrons soudain l'empleur des dégâts: certains pics calcaires, semblables à ceux des montagnes du nord, ou même à ceux de la baie, sont attaqués à l'aide d'engins titanesques, et sont exploités pour en tirer les matériaux de construction qui servent à la construction d'hôtels de la démesure; la démesure du luxe, de la grandeur, de l'esthétique clinquant pour milliardaires américains. Soudain, la route devient autoroute, et c'est comme un anachronisme dans ce paradis terrestre. Elle est encore inutilement large, mais nul doute qu'elle sera bientôt exploitée à sa mesure.

Khoa, qui constate ma déception, me comprend, mais me demande à mon tour d'être compréhensive: le tourisme est une formidable chance pour le pays de s'ouvrir, de se moderniser, de croître. Il m'annonce fièrement le chiffre de la croissance du Vietnam, en me faisant remarquer non sans une pointe d'ironie, celui de la France: certaines informations semblent passer mieux que d'autres, manifestement! Je sais bien que nous n'avons aucun droit de leur interdire de tendre vers un avenir meilleur. Je voudrais croire que les touristes bouderont la baie, lorsqu'elle aura définitivement perdu son charme d'antant, mais je sais que c'est uthopique: la côte d'azur, la côte adriatique et leurs verrues de bétons attirent toujours plus de monde...

Lorsqu'enfin, nous arrivons, sous un soleil de plomb, à l'embarcadère, voilà ce qui nous attend...

Embarcadere

Des jonques par centaines, embarquent par dizaines des touristes à peine déscendus de leurs cars. De la foule jaillissent quelques conversations en toutes langues. Les Coréens et les chinois sont largement majoritaires. On les reconnait aisément: ce sont des groupes de personnes très agées. On peut très vite les caricaturer en disant que les hommes ne sourient jamais et que les femmes, maquillées comme des carrés d'as malgré la chaleur étouffante, feraient mieux de ne pas sourire.

Je suis un peu inquiète: j'ai une facheuse tendance à devenir associale dans ces conditions, et j'ai des sueurs froides à l'idée que nous puissions monter à bord d'un bateau en compagnie d'un de ces groupes.

Khoa nous a abandonnés sur le quai, il est à la recherche de notre bateau. Pas une seconde, je n'envisage d'avoir une jonque à la seule disposition de mon mari et moi...et pourtant..."là! le voilà! il va venir se mettre à quai, il nous a vu"!

notre_bateau

"mais ce n'est pas que pour nous, quand même?!"

"Si! Bien sûr! c'est que pour nous!"

C'est là, dans cet enfer de bruit, de gaz de moteur, que commence pour nous le rêve...

Nous sommes donc accueillis par l'équipage en tenue, à bord de cette jonque privée. Une jeune femme nous souhaite la bienvenue en nous tendant des petits carrés d'éponge humides et frais pour nous rafraîchir. Aussitôt, elle nous guide vers un premier salon où nous dégustons quelques fruits. Je n'en crois pas mes yeux: nous avons déjà quitté le port et son vacarme, et nous voguons en direction des  1969 îlots karstiques qui font de la baie un endroit unique. Pour la contemplative que je suis, ce décor est magique. Je savoure ma chance d'être là, sous un soleil éclatant, avec une visibilité exceptionnelle, rare en cette saison.

Voici donc la baie d'Ha Long.  Son nom signifie "descente du dragon". La légende raconte qu'un dragon est descendu un jour de la montagne pour domestiquer les courants marins. En se débattant, il aurait fendu la montagne de sa queue. L'eau serait montée, ne laissant visibles que les sommets les plus hauts...

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Je n'ai qu'une envie, c'est monter sur le pont supérieur pour admirer le paysage, mais c'est l'heure du déjeuner et il serait dommage de bouder les poissons grillés, les crevettes et autres mets succulents! Nous goûtons au passage un délicieux vin blanc de Dalat...on sait vivre, tout de même! Khoa déjeune en notre compagnie. Il nous confie qu'il a visité la baie plus d'une centaine de fois, parfois plusieurs fois dans la même semaine. Bien sûr, il est conscient de sa beauté, mais là encore, je constate dépitée, que l'esthétique de la nature ne l'émeut guère, comme d'ailleurs beaucoup de ses compatriotes. Question de priorités, je suppose...

Il nous raconte que 10 ans auparavant, tous ces bateaux de tourisme n'existaient pas. Les pêcheurs étaient les maîtres de la baie, et les voyageurs qui désiraient la découvrir traitaient avec eux. La demande, sans cesse croissante, a fait exploser le tourisme. Mais d'après lui, le pire est à venir...c'est dire!

coolLa navigation se poursuit, tranquille, pendant que nous bavardons. Khoa n'a pas oublié ma promesse. Du reste, moi non plus! Il me demande s'il peut utiliser mon appareil photo. J'accepte volontiers et le voilà qui commence à jouer les paparazzi...moi qui déteste être photographiée, j'ai été servie! Mais l'appareil qui l'intéresse le plus, c'est celui de mon mari. Je les laisse se débrouiller pour monter enfin sur le pont. Etrangement, l'immensité de la baie fait que la multitude des bateaux présents au port le matin semble avoir disparu. Seules quelques élégantes embarcations naviguent à distance raisonnable.

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Halong_8Au loin, on devine quelques parcs à huîtres. La culture des huîtres perlières est répendue dans la région, mais gare aux arnaques! Sur les bateaux, aux abords des villages de pêcheurs, on vous propose des perles en sautoirs, en bracelets, en boucles d'oreilles, à des prix défiant toute concurence...pas cher, certes, mais trop pour du toc! même si l'endroit s'y prête, faut quand même pas rêver!

Le temps s'écoule avec cette vitesse, propre aux jours légers. Nous approchons bientôt de la très touristique grotte des surprises.

GrotteElle n'en est pas moins intéressante. Nous accostons à bord d'une petite barque, puis nous entrons pour une visite...rafraîchissante!

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photo_khoaDe retour à bord, je m'empresse de visualiser mes clichés, et Khoa en profite... Nous remettons les moteurs en marche, en direction de la colline des mamelles. En haut de ses 421 marches (je les ai comptées!) s'offre à nous la plus belle vue sur la baie. Le coucher de soleil y est légendaire. On ne demande qu'à vérifier!

Halong_6Nous croisons parfois des familles de pêcheurs sur leur bateau, qui est aussi leur maison! Voyez ici, le bienheureux qui se balance dans son hamac...

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Nombreuses sont aussi les femmes, souvents accompagnées de leurs enfants, à condition que ce soit des filles, qui rament toute la journée, au propre comme au figuré, pour vendre boissons, biscuits et autres douceurs à grignoter.

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Et khoa fait des photos...certaines, insolites, ne manquent pas de charme...

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Nous arrivons enfin à la colline des mamelles. Le jour décline, et il est temps de commencer l'ascension, si nous ne voulons pas rater le spectacle...

Je pose ma plume. Aucun mot ne saurait décrire pareille émotion, pareille magie, pareille féérie de couleurs. Alors je vous offre quelques images, juste pour le plaisir des yeux...en musique, pour ceux qui le désirent...


Découvrez John Williams!

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soir

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nuit

Je soupire et je reprends la plume...

La nuit est tombée et nous sommes allés jeter l'ancre dans une crique. C'est alors que Khoa a proposé un bain de mer... De jour, encore, j'aurais plongé sans hésitation dans les eaux claires de la mer de Jade...mais de nuit, point de jade, ni d'émeraude: juste l'obscurité, peu rassurante ( j'suis sûre qu'y a des bêtes!!!)... mais il ne sera pas dit que je suis une poule mouillée! (quoique, en l'occurence, les mauvaises langues diront que...) alors j'y suis allée! avec mon courage en bandouillère! Khoa, lui, son courage, il se l'est passé autour de la taille: comme il ne sait pas nager, il barbotte dans sa bouée: franche partie de rigolade, sous les lumières du bateau...inoubliable.

Pour terminer cette journée en beauté, nous dînerons en tête à tête, à la lumière de photophores taillés dans des ananas.

Avant de dormir, ce soir-là, j'ai pensé à tous ceux qui me sont chers: j'aurais voulu partager ces moments avec eux...le plaisir et le bohneur ne valent que s'ils sont partagés.

Je tiens à ne rien rater, et surtout pas le lever du soleil, alors je règle mon téléphone pour qu'il nous réveille à 5h00...les vacances, c'est pas de tout repos!

Mais le temps a changé. Il est plus conforme à ce que j'attendais: la brume recouvre la baie. On s'installe un peu dans les chaises longues, en espérant qu'elle se dissipe et que nous puissions saisir quelques images intéressantes, mais en vain. On ne gagne pas à tous les coups! Et puis le décor est joli aussi dans cette atmosphère. Les rochers apparaissent, comme des fantômes au loin, donnant une ambiance mystérieuse, romantique...non, ce n'est pas contradictoire!

Halong_11On profite de la relative fraicheur matinale. Tout est calme. Sur le pont d'un bateau, non loin de nous, on assiste au réveil en Taichi Yang de deux chinoises...moi, ça m'endormirait plutôt. Inculte, je suis!

Petit à petit, la baie se réveille: non pas les touristes, mais les pêcheurs. On entend au loin le bruit de leurs petits moteurs qui s'approche. Nous les voyons passer, sur leur coquille de noix remplie de filets, flottant au ras de l'eau.

Une grande communeauté de pêcheurs "habite" encore la baie. Nous devons d'ailleurs leur rendre visite dans la matinée.

Montagne_des_mamelles_2

Montagne_des_mamellesNous attendons patiemment le réveil de Khoa pour aller petit-déjeuner. Lorsqu'il fait son apparition à 7h00, la chaleur est déjà bien écrasante.

Nous mettons le cap sur le village flottant des pêcheurs. C'est un endroit insolite et charmant, qui se déplace au gré des saisons et du mauvais temps. Les pêcheurs choississent une anse bien abritée et amarrent leur maison flottante tout autour, les unes aux autres. Lorsqu'elles se déplacent, c'est toujours ensemble. C'est un vrai village, avec petit magasin, dispensaire, pagode, et même école...d'ailleurs nous y sommes un peu pour quelque chose!

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ecoleC'est à bord d'une petite barque, que nous visitons le site: c'est plus convivial, et surtout moins bruyant et moins polluant!

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Pecheurs_5Difficile de se résoudre à quitter ces lieux enchanteurs, mais toute chose a une fin, et il faut remonter à bord, et reprendre la navigation vers la terre ferme. Cette parenthèse, après notre trek en montagne, restera un souvenir inoubliable.

Les nuages se sont déchirés, et le soleil brille à nouveau. Tout à notre rêve, nous oublions de nous protéger, et quand je réalise que mes cuisses sont roties comme des langoustes, c'est trop tard! Il ne me restera plus qu'à tester les langoustes à la biafine...

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Nous arrivons au débarcadère vers 11h30. Il y a moins de monde que la vieille, mais le contraste entre la quiétude des dernières heures et la foule grouillonnante est saisissant.

contraste

Nous nous arrêtons dans le restaurant d'un hotel moderne d'Ha Long, qui n'a pas d'autre intérêt que celui de nous restaurer...ce qui est bien le moins! Nous reprenons la route pour Hanoï, et ce petit périple fera l'objet d'un autre paragraphe...

Posté par neferka à 17:35 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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