Des confins du Tonkin au Delta du Mekong

Un carnet de voyage et d'images, pour garder vivant le souvenir de notre séjour au Vietnam, et partager les sourires des enfants et les paysages à couper le souffle. Et pourquoi pas vous donner envie de découvrir à votre tour les mystères d'Indochine?

04 juin 2008

De Bam La à Ban Sao

Nous avions prévu le réveil à 7h00, et on ne risquait pas de le manquer:

Khoa ne nous avait pas menti: il ronfle. Pas le petit ronflement léger, qui finit par vous bercer et vous endormir! non, non, le vrai, celui qui vous garde les yeux grands ouverts une bonne partie de la nuit. Mais ça encore, on aurait pu s'y faire... enfin moi surtout. Parce que René, lui, non. Il a maudit  ses boules Quies qu'il n'arrivait pas à garder au fond de ses oreilles. Mais il y avait aussi les grenouilles...et ça, je ne les avais pas prévues du tout! Il faut dire que nous étions entourés de rizières inondées et que déjà le soir, en allant soulager une envie pressante, j'avais failli faire une attaque lorsque l'une d'elles m'était passée sur le pied ... mais de là à imaginer que de si petites bêtes puissent faire autant de rafu!
Et puis au bout de quelques heures, j'ai aussi compris d'où venait le magnifique port de tête des vietnamiens...des nattes! Dormir sur des planches, c'est pittoresque, mais douloureux! Et ce ne sont pas les maigres matelas fournis par notre voyagiste aux familles d'accueil qui adoucissent notre dos. Nous avions bien suivi les conseils de notre fiche technique et nous avions emporté des sacs de couchage...petit couak (le seul) de l'agence: ils n'avaient pas du mettre un pied au Vietnam en avril depuis longtemps! la température nocturne était censée descendre aux alentours de 5° alors qu'elle ne descendait jamais en dessous de 15, et que dans les maisons, la température était d'au moins 25! autant dire que pour tenir dans un sac de couchage, il aurait fallu être très frileux!

Bref, nous commencions à peine à somnoler, vaincus par la fatigue, quand le coq a chanté...il était 4 heures. Et quand un coq chante dans un village, celui du voisin répond, et celui de l'autre voisin répond et...ainsi de suite, jusqu'à ce que vous compreniez que quoi qu'il arrive, c'est mort, vous ne dormirez plus. D'ailleurs, les gens d'ici le savent bien, et nous entendons déjà du monde s'activer autour de la maison. Les cochons aussi, le savent...et braillent...comme des cochons pour réclamer leur petit déjeuner. Pendant que Khoa, royal, dort toujours: chapeau!

Lorsque je sors pour voir le temps qu'il fait, je constate que les travaux des champs ont déjà commencé et que toute la cuvette baigne dans une brume si épaisse que tout semble mouillé comme après la pluie. Ca non plus, je ne l'avais pas prévu...et j'avais oublié de mettre le linge lavé la veille à l'abri. Tant pis! Mais s'habiller avec des vêtements aussi humides, c'est franchement pas agréable!

Nous attendons patiemment l'heure de notre petit déjeuner, en refermant nos sacs, réunissant les quelques affaires éparpillées.

A 9h00, nous entamons notre journée de marche. Nous escaladons une petite butte, derrière la maison, qui nous mène à ce que Khoa appelle une route, et que nous qualifirions plutôt de piste cyclable. Elle a été construite très récemment, et elle change la vie des villageois qui peuvent ainsi se rendre à la bourgade la plus proche en scooter, pour y aller vendre et acheter au marché. Nous l'empruntons sur 3 kilomètres, avant de gravir une rude montée et de rejoindre une autre vallée. Les cigales nous accompagnent toujours de leur cri strident, et je ne parviens toujours pas à les voir, tant elles se fondent admirablement dans la nature.
Mais Khoa a l'oeil bien plus exercé que moi et il en capture une qu'il présente à l'objectif:

cigale

Entre chaque col que nous franchissont, nous traversons des vallées et des villages, où nous surprenons le quotidien des habitants qui suspendent pour un temps leurs activités, curieux comme nous le sommes de l'imprévu, de l'inédit.

Pour la première fois au Vietnam, nous assistons à la récolte de la canne à sucre. Alors que partout ailleurs, on en tire le rhum, ici, elle ne sert qu'à la production de sucre. On trouve aussi, partout au Vietnam, des presses, comme les essoreuses manuelles de nos antiques machines à laver le linge. Ce sont deux cylindres que l'on fait tourner avec une manivelle et qui en font sortir le jus qui est alors vendu au verre.

recolte_canne__a_sucre

Au bout de cette piste, nous apercevons un bâtiment moderne et coloré, et nous entendons des voix d'enfants qui semblent répéter en choeur une leçon. Il s'agit bien de l'école. La porte est ouverte et Khoa nous propose d'aller leur dire bonjour. Nous hésitons un peu, de peur de perturber la classe, mais il entre déjà dans la cour.

     ecole    ecole_2

Je pense qu'il est fier de nous montrer que partout dans le pays, sous l'oeil bienveillant de l'oncle Ho dont le portrait est présent dans chaque école, chaque lycée, le gouvernement permet à tous les enfants, même dans les endroits les plus reculés et les plus pauvres, d'étudier dans de bonnes conditions. Et force est de constater que cette classe n'a rien à envier aux nôtres.

Lorsque nous arrivons, les petits élèves n'osent pas bouger. Ils nous regardent et nous sourient, mais attendent l'autorisation de leur institutrice pour se lever. Alors seulement, tout ce petit monde vient à notre rencontre. Nous échangeons quelques mots mais très vite, notre diversion engendre quelque chahut auquel il convient de mettre un terme...Partout dans le monde, tous les enfants se ressemblent!

Autour de l'école, les rizières occupent l'espace. Je remarque alors une femme, penchée au dessus de l'eau, qui semble ramasser quelque chose: j'apprends à cette occasion que les rizières ne nourrissent pas que par le riz. Elles attirent des escargots par milliers, et chaque jour, les femmes viennent les ramasser, débarrassant les champs des parasites et récoltant au passage une source de protéines non négligeable.

A la sortie du village, en contrebas de la piste, une petite épicerie propose les produits de première nécessité. A notre passage, l'épicière sort de sa boutique et nous interpelle.

epicerie

Elle interroge Khoa, elle veut tout savoir de nous: de quel pays venons-nous, de quel village arrivons-nous, où allons-nous, pourquoi ne sommes-nous que deux, n'est-il pas triste de voyager à deux (?!). Elle veut aussi savoir de quelle ethnie Khoa est-il originaire, et chez qui nous avons passé la nuit... un interrogatoire en règle, incongru et amusant auquel nous nous plions de bonne grâce!...

Allez savoir par quelle relation d'idées, voilà que ce mot "interrogatoire" me rappelle que je ne vous ai pas donné de nouvelles de Mr Jap, notre agent de liaison, qui était sensé nous protéger. Il a finalement jugé au bout d'une journée que nous nous en sortions très bien sans lui et il a décidé qu'il ferait le chemin par les pistes, en scooter, et qu'il nous retrouverait le soir à l'arrivée. Du coup, l'un de nos porteur-cuisinier a cédé sa place et c'est lui qui nous "protège"...sans commentaire.

Nous quittons la piste après les dernières maisons, pour rejoindre un sentier plus sauvage, qui traverse d'abord un endroit ravissant

vers_Danh_Sy

avant de se faufiler au milieu des rizières. Khoa nous apprend à distinguer dans les berges, la différence entre un trou de grnouille et un trou de serpent. Nous n'aurons pas la chance d'apercevoir le moindre reptile: le temps n'est pas propice. En cette saison, les serpents sortent après les grosses pluies, lorsque le soleil revient. Or, il ne pleut pas!

reflet

Nous nous arrêtons vers midi pour déjeuner à Danh Sy, dans la maison d'une famille du village. Cette pause nous fait du bien, et nous savourons toujours avec bohneur les plats qui nous sont servis. Notre adaptation à la nourriture vietnamienne semble surprendre et flatter Khoa et nos cuisiniers. Je me rappelle de leur tête, lorsqu'ils sont arrivés avec un bol de nuoc mam, persuadés que nous ne voudrions jamais y goûter! Lorsqu'ils nous ont vu y tremper nos nems, ils ont d'abord cru que nous ne savions pas ce que c'était. Et lorsque je leur ai dit, entre deux bouchées, que je croyais savoir qu'il s'agissait de jus de poisson pourri, ils sont restés bouche bée.

Il semblerait que nos compatriotes soient moins curieux de découvrir de nouvelles saveurs...ils ne savent pas ce qu'ils perdent! A mon sens, la cuisine fait partie intégrante des charmes d'un voyage...mais il en faut pour tous les goûts!

Danh_Sy   

    

Après le déjeuner, les choses sérieuses commencent.vers_Danh_Sy_2
Le sentier s'élève en direction de la forêt. Un dernier coup d'oeil en arrière permet d'embrasser le paysage avant d'entrer dans ce labyrinthe de végétation. La densité est telle qu'il fait très sombre, alors que le ciel est pourtant clair. J'en ai déjà parlé: l'humidité ambiante donnent aux photos une impression de mauvais temps, ou du moins de temps chaffoin. Mais en toute franchise, nous avons eu énormément de chance jusque là: la météo est clémente, malgré des températures élevées.

entretien_des_digues

Nous zoomons une dernière fois sur les travaux agricoles, avant d'entamer la rude montée qui nous attend.

 

repiquage

        repiquage_2

Cette partie de notre itinéraire sera la seule un peu délicate, nous le savons: le sentier est très étroit et la montagne "transpire". Le taux d'humidité est si fort que l'eau coule des arbres, rendant glissantes les pierres que les feuilles camouflent. La chaleur et l'humidité, conjuguées aux efforts consentis nous fait ruisseler à notre tour. Difficile de reprendre son souffle dans ces conditions. Les pauses sont néanmoins indispensables, si on veut s'imprégner des lieux, car en marchant, il est impossible de garder le nez en l'air, sous peine de se le casser. (le nez) Lorsque le coeur bat trop fort dans les tempes, il est temps de faire quelques photos!

ca_grimpeNotre jeune cuisinier est déprimant d'aisance! Tout comme ses confrères et Mr Jap, il grimpe en sandales de plastique, d'un pas assuré et ferme. A chacun de nos arrêts, il s'enfonce dans la forêt et en ressort avec des bouquets d'herbes qu'il nous cuisinera le soir. La biodiversité est ici très riche. Les plantes semblent pousser à même la roche. Khoa nous fait découvrir les feuilles de caryote, indispensables à la préparation du canard laqué. On découvre certaines plantes endémiques, que vous ne verrez pas ici...non. C'est comme ça, quand je surchauffe, j'ai des absences...et là, j'étais proche de l'ébullition: j'ai donc oublié de faire des photos!

J'aurais pu en rechercher sur la toile, mais je mets un point d'honneur à ne poster que mes propres clichés. Je me rappelle notamment d'une plante au feuillage vert et rouge foncé, qui recouvrait certain rocher. Khoa n'en connaissait pas le nom scientifique, mais celui que les vietnamiens lui ont donné, beaucoup plus poétique: cheveux de fée. Ce nom lui a été donné, parce que lorsqu'il pleut, l'eau ruisselle sur ses tiges souples en filets minces et argentés...bon, je vois que ça vous fait une belle jambe, puisque je n'ai pas d'image à vous donner...faites attention, vous devenez exigeants!

La forêt en été doit être magnifique: partout autour de nous poussent des orchidées qui ne fleuriront qu'à ce moment-là...malheureusement, l'été est aussi la saison des pluies!

foret

La marche est si peu monotone, que nous ne voyons pas le temps passer. lorsque nous arrivons au sommet de cette partie, nous regrettons presque de quitter cet environnement enchanteur. L'autre versant est plus ensoleillé, donc moins humide et moins glissant.

A proximité d'une maison, nous apercevons des ruches, qui diffèrent légèrement des nôtres, "architecturallement" parlant...

ruche

Sur le mur d'un bâtiment publique, dans un petit village, une affiche qui semble tellement anachronique en ces lieux est placardée:

campagne_anti_VIHIl s'agit d'une campagne de prévention contre le virus HIV. Etrange sensation de malaise, en réalisant qu'ici aussi, dans ces coins reculés, la maladie gagne du terrain. D'ailleurs, un peu plus loin, sous un abri qui doit être celui du marché, des jeunes gens sont réunis, oisifs, fumant et buvant plus que de raison. La modernité n'apporte pas le meilleur partout!

La journée est déjà bien avancée lorsque nous atteignons la plaine. Au pied de la montagne que nous venons de franchir, nous nous retournons, pour mesurer à quel point elle paraît infranchissable. Sous nos pieds, voilà plus de 50 ans, des centaines de compatriotes ont perdu la vie: Selon la technique habituelle, ils avaient été repoussés là, sans aucune chance de trouver une issue: tout autour, en haut de chaque colline, les sentinelles viets les attendaient. Beaucoup des français étaient affaiblis, malades, après plusieurs semaines de siège. Peu habitués à marcher dans ces terrains calcaires, ou chaque pierre est coupante comme un rasoir, nombreuses étaient les blessures qui ne cicatrisaient pas, et finissaient par s'infecter. Etrangement, en cet instant, il m'a semblé ressentir très fort la détresse qui était la leur lorsqu'ils sont arrivés là. Beaucoup d'entre eux étaient jeunes, et la plupart ne comprenait pas grand chose aux enjeux de cette guerre, qui, il faut bien le dire, ne suscitait pas grand intérêt chez les métroplolitains! L'Europe se remettait à peine de "sa" guerre, et les français aspiraient à la paix... Les Indochinois à la liberté, à l'indépendance. Et lorsqu'un peuple se soulève, mû par cette soif-là, rien ne peut l'arrêter. Là-bas, des enfants ont connu l'enfer au paradis, avant de mourir, pour rien...c'était là

on_vient_de_la

Mais même dans ces endroits chargés de mémoire douloureuse, Khoa ne pert jamais le sourire. C'est aussi ce qui peut surprendre au Vietnam: voilà un pays qui a plus vécu en temps de guerre qu'en temps de paix. Voilà un pays qui a du affronter des époques plus que difficiles, et aujourd'hui, tout semble effacé, oublié. Alors que sur d'autres continents, le passé colonial n'a toujours pas été digéré, ici, il ne subsiste aucune rancune, aucune amertume. Français et américains sont accueillis avec la même gentillesse, le même dévouement. Comme si tout un peuple avait compris qu'il était inutile de faire résonner dans le présent les douleurs du passé. De cela, je suis admirative.

L'arrivée de notre périple du jour est proche et le terrain est maintenant plat. Nous en profitons pour marcher tranquillement, tout en gardant l'oeil aiguisé du chasseur d'images!
Au pied de ces montagnes, les villageois exploitent les capités naturelles de la roche pour en faire des poulaillers ou des étables.

poulaillers_naturels

La journée de travail s'achève aussi pour les paysans. Les femmes repiquent les dernières pousses de riz et les hommes commencent à rentrer au village.

fin_de_journeeCertains hameaux ressemblent de loins à de petites iles,à des refuges de pirates, au milieu des rizières innondées. Dans cette région, les maisons ne sont plus construites sur pilotis. Leurs murs sont toujours faits de torchis. La maison de notre hôte du jour est située au bout du village. Elle est entourée de champs de maïs et de plantations de choux, pommes de terre et arachides. Tout autour, une allée de béton a été coulée, rendant l'accès à l'intérieur plus propre. En revanche, le sol, à l'intérieur, n'est autre que la terre à l'état brut, rendue extrêmement dure et brillante par le piétinement et les graisses de cuisson.

Le principe de la cuisine est toujours le même: un feu à même le sol.

Pour le reste, c'est le grand luxe: le propriétaire a pu s'offrir un réfrigérateur, semblable à ceux que l'on trouve chez les épiciers: il s'ouvre par le dessus, à l'aide de portes vitrées. Nous buvons notre première boisson fraîche depuis notre départ...c'est dire si nous l'apprécions!

Vous avez remarqué?...je fais des progrès! je ne suis pas encore allée voir les "commodités"!...mais comme je vois que vous vous languissez - mais si, ne dites pas le contraire! - les voilà:

salle_de_bainsEuh...là, c'est la salle de bains. Vous vous en doutiez, n'est-ce pas? je vous fait grâce de la photo des toilettes...parce qu'il y en a!!! si, au bout du jardin, juste à côté de l'abri du mulet! comme il n'y a pas de porte, on peut toujours lui causer si on s'ennuie. Et puis il ne risque pas de vous contrarier: il ne parle pas français! Il n'empêche que nous l'apprécions, ce petits coin d'intimité! très ingénieux en plus!...allez, je vous raconte, ce sera le paragraphe chic: il s'agit d'un bâtiment construit en agglos, dans lequel ont été "aménagés" 3 box, séparés les uns des autres par un cadre en bois sur lequel est tendu un grand sac contenant habituellement la nourriture pour cochons... Il faut monter une marche d'au moins 50 centimètres de haut, et prendre place sur deux planches en bois judicieusement espacées. Un panier contenant de la cendre permet ensuite de cacher ce dont on s'est débarrassé...ah ben je vous l'avais dit! c'est chic!

Et puis bien sûr, comme toujours, on est jamis très loin de...

ben_un_autre_cochon

       

Mais pour dormir, ce soir, c'est le grand luxe! Nous avaons une chambre pour nous seuls! Khoa et les cuisiniers dormirons dans l'autre pièce, qui sert aussi de salle à manger. Une cloison de torchi nous sépare, mais pas de porte. C'est tout de même bien! Peut-être que les ronflements nous paraîtrons moins forts!

chambre_2

Et puis on peut s'éparpiller un peu sans risque d'encombrer!

A l'heure de l'apéritif, des voisins s'invitent et partagent avec nous beignets de crevettes et alcool de riz. Toute la famille se réunit pour partager le repas, délicieux, comme d'habitude. Nous découvrons la saveur des plantes ramassées dans la forêt.

2__soir

La journée a été longue, et l'alcool de riz a raison de nos dernières forces: il est temps d'aller dormir!

Posté par neferka à 16:22 - Pas à pas - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


16 juin 2008

Arthemise

J'ai pris du retard dans mon écriture...c'est que je n'avais pas le coeur à sourire.

Arthemise

Elle est partie pour son dernier voyage
Je ne glisserai plus mes doigts dans son pelage
Elle me laisse avec mes tonnes de caresses
Le coeur triste et en détresse

Dien a créé les chats pour que l'homme puisse caresser un tigre
- Victor Hugo
-

Posté par neferka à 10:39 - Blabla comme ça - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 juin 2008

Ban Sao- Dong Khê - Pak Huan

Si on exclut les douleurs lombaires qui me réveillaient au moindre mouvement, nous avons passé une très bonne nuit; sans grenouille, sans ronfleur, en silence. Certes le confort est toujours aussi sommaire, mais on finit par s'habituer!

Au petit déjeuner, une surprise nous attend: la maîtresse de maison a cuisiné pour nous des gâteaux de riz gluant... déjà, rien que le nom... mais comme on nous explique qu'il s'agit d'un plat de fête, traditionnellement préparé pour la fête du Têt, pas question de refuser!

ca ressemble un peu à un beignet, parce que c'est frit. Mais un beignet qui craquerait, et duquel coulerait une substance difficilement identifiable, mais qui pourrait faire penser à de la bave d'escargot... à jeun, c'est tout de même un peu rude. Nous remercions, montrons à quel point nous sommes touchés par l'honneur qui nous est fait et nous nous lançons, dans un même geste courageux, l'oeil inquiet...mais finalement, ce n'est pas mauvais du tout! c'est même très bon! enfin, il faut tout de même réussir à faire abstraction de l'aspect pour bien en  apprécier les saveurs. Et puis c'est collant aussi! très! gluant, comme son nom l'indique.

Après ce petit déjeuner copieux, nous nous préparons à entreprendre la montée la plus longue du parcours: il nous faudra 2h30 pour rejoindre le prochain col. Et ce matin, le temps est chaffoin. La brume se transforme en un fin crachin, mais nous décidons de ne pas enfiler nos vêtements de pluie: Dans l'effort, nous serions morts de chaleur!

vers_Dong_KheLorsque nous quittons la maison, la famille est déjà partie travailler aux champs. Seule la mère reste, avec son bébé d'un an. Déjà, tout le monde s'active.

Le sentier est large. C'est un chemin de terre, raviné par les fortes pluies, qui peut, lorsque les conditions sont bonnes, être pratiqué par les motos. Il s'élève en continu et offre pendant longtemps un beau panorama sur la vallée.

Ce secteur est un peu moins sauvage que les jours précédents. Mais bon, ce n'est pas non plus la ville, c'est le moins que l'on puisse dire!

vers_Dong_Khe_2

La végétation est moins dense aussi. Khoa nous montre les plants de galanga. On en utilise les racines, au fort goût de gingembre, pour cuisiner...le chien. Ce n'est pas une légende: dans les montagnes du nord, et dans une moindre mesure dans le reste du pays, on mange encore du chien. Mais pas tous: ce sont toujours des chiens d'une même race. Presque chaque maison dispose d'un chien qui fait partie de la famille, et qui sert de chien de garde. celui-là peut se la couler douce pendant longtemps. Mais on lui fait faire des petits, qui seront ensuite vendus, encore chiots, sur le marché, pour être engraissés et mangés. Khoa sait bien que nous, occidentaux, sommes choqués par ces pratiques, mais il ne comprend pas: au Vietnam, tous les animaux se mangent. Surprenant, quand on sait que la majorité de la population est de culte boudhiste, et que, en théorie, le boudhisme encourage l'alimentation végétarienne! Lorsque le chien de la famille est devenu trop âgé, il est libéré dans la nature, pour être capturé et consommé par d'autres. En revanche, nous n'avons pas vu ici de massacres comme ceux que l'on peut voir en Chine, où les chiens sont ébouillantés encore vivants. Ici, ils sont abattus comme n'importe quel animal de ferme: ils sont égorgés. Désolée de livrer ces détails, mais ils font aussi partie de la culture du pays, et il ne sert à rien de l'occulter.

Ces pratiques semblent toutefois sur le déclin, car le chien est une denrée chère.

Notre escale de midi est prévue à Dong Khê. Pour tous ceux qui se sont un jour intéressés à la guerre d'Indochine, ce nom devrait leur rappeler de funestes souvenirs: en 1950, 5000 français y trouvèrent la mort dans de furieuses batailles contre les troupes d'Ho Chi Mihn.

L'approche est agréable. C'est aujourd'hui une petite ville, toujours située sur la mythique RC4 (route coloniale 4). Bien sûr, elle est située dans une cuvette, et entourée de plantations. Le maïs est ici plus cultivé que le riz.

engraisLa palanche est partout au Vietnnam: elle est utilisée pour transporter toutes sortes de choses. Les fruits et légumes, la viande, les ordures, le bois,  et là, elle sert à porter des seaux contenant probablement du lisier, que la jeune femme épend au pied de chaque plant de maïs.

Même dans cette région plus modernisée, le travail dans les champs reste exclusivement manuel.

Malgré tout, les maisons sont pour la plupart construites en béton, et les équipements sont plus nombreux.

vers_Dong_Khe_3

Mais la lessive se fait toujours à la main, dans la rivière, et elle est affaire de femme, voir d'enfant.

lessive

Notre présence intrigue toujours, et Khoa fera un brin de causette avec les lavandières. Il y a tant de choses à voir et photographier que je ne range pas toujours mon appareil dans son étui: je le garde, accroché au poignet par la dragonne. Il n'est pourtant pas bien gros mais les gens ont l'oeil! Soudain, au moment de traverser une petite rue, un monsieur en scooter s'arrête à ma hauteur, me sourit et me parle ...en vietnamien. Evidemment, je ne comprends rien à ce qu'il me dit, mais il insiste, toujours avec le sourire, en pointant du doigt mon appareil photo. Khoa, hilare, m'annonce que ce monsieur veut tout simplement que je le photographie! Je m'exécute avec plaisir, toujours aussi surprise devant tant de spontanéité et gentillesse.

rencontreComme toujours, je lui montre sur l'écran de l'appareil à quel point il est photogénique, et il repart tout content, en pétaradant...enfin, le scooter, pas lui.

Mais bien sûr, il a fait des envieux! ou plutôt une envieuse: une jeune fille qui a assisté à la scène me fait un petit signe de la main, comme pour me saluer. Elle est plus timide mais je me doute qu'elle a, elle aussi, envie de prendre la pose. Alors bien sûr, je lui fais plaisir. J'ai une pensée émue en la voyant: elle doit avoir à peu près l'âge de ma fille, et je me demande quel est l'avenir qui l'attend. Elle est habillé à l'occidentale. A Dong Khê, la Chine toute proche a inondé les marchés de petits appareils électroniques à deux sous qui diffusent une musique occidentalisée, elle aussi, mais avec un son difficile à supporter pour des oreilles normalement constituées.

rencontre_2Je me demande si ce ne sera pas plus dur, pour cette génération qui s'ouvre à la modernité, d'accepter cette vie simple, loin de la ville et de ses miroirs aux alouettes. La tentation sera sûrement grande, d'aller tenter sa chance. L'état permet, en théorie, aux enfants des campagnes studieux, de poursuivre des études universitaires gratuites...mais les familles ont souvent besoin des bras de leurs enfants pour travailler aux champs! Sans compter qu'ensuite, ces enfants déracinés se retrouvent noyés dans la ville, dans la marée humaine des villes vietnamiennes, et leurs repères volent en éclats. Le travail ne manque pas non plus là-bas: il s'agit de construire, vite! Le prix des terrains de plus en plus chers repoussent dans des banlieues dortoirs un peu sordides, tous ceux qui n'ont pas les moyens de se loger mieux. Alors en voyant ce sourire, je m'interroge sur ce qui serait le mieux pour elle, mais je ne trouve pas la réponse...

Lorsque nous arrivons sur la RC4, qui est l'artère principale, nous découvrons une ville assez triste et austère: pas vraiment une ville fantôme, mais comme un anachronisme. Une trop grande ville au milieu de nulle part, en quelque sorte. La route est mouillée et couverte de boue, sans que nous sachions vraiment pourquoi: s'il est vrai que le temps semble se dégrader peu à peu, il ne pleut pas encore. Il est bientôt l'heure de déjeuner, et Khoa nous propose d'aller faire un tour au marché. Celui là est moins pittoresque que celui de Cao Bang, moins coloré aussi. Les étales de viande de porcs, fraîchement abattus, côtoient  ceux recouverts de marchandises chinoises diverses: chaussures en plastique, jouets, vêtements, le tout étant peu cher mais de piètre qualité. Là encore, on vient à notre rencontre, on nous interpelle. Les femmes, surtout, sont très curieuses...pas de commentaire à ce sujet, merci! Elles veulent savoir si nous sommes mariés, si nous avons des enfants, quel âge nous avons. L'une propose même à mon mari de m'échanger contre elle! Sympa, il décline l'offre... Souvent aussi, les femmes me touchent les bras, et examinent mes mains. Je pense qu'elles doivent se dire que je ne travaille pas beaucoup la terre et même si elles ont raison, je me sens un peu mal à l'aise. Mais tout cela se fait dans une bonne humeur fort agréable.

Sur les trottoirs, des poules attendent d'être chargées sur des scooters pour être vendues.

poules

Elles sont toujours transportées dans ce type de casiers, et on en voit partout, y compris à Hanoi.

L'heure tourne et Khoa nous propose de nous rendre au restaurant: il doit faire ses achats pour la suite de notre treck (repas du soir) et manifestement, il préfère que nous ne soyons pas là...on ne peut pas dire que ça me rassure mais j'occulte très vite ce détail. Il faut dire que le "restaurant" va focaliser toute notre attention!

restau_2Il se situe en haut de la ville, et nos porteurs s'y trouvent déjà. Comme tous les établissements, ils sont ouverts sur la rue. Cela permet un minimum de ventilation. L'intérieur est tellement humide que le carrelage est une vraie patinoire. Il faut essuyer plusieurs fois les tables avant d'y poser quelque chose...mais bon, ça, c'est à nous (nous, et Khoa, nos porteurs...enfin, pas les restaurateurs!) de le faire.

Je ne suis pas ce qu'il convient d'appeler une chochotte...comme me le disait ma grand mère paysane: on engraisse pas les cochons à l'eau claire!...mais là...faut quand même avouer que la barre est placée très haut!

Mais tout se fait dans la transparence! on a même vue plongeante sur la cuisine:

restau_Dong_Khe

Pourtant, comme d'habitude, nous mangerons très bien, et de bon coeur. Mais pour les boissons, nous restons dans les valeurs sûres: bière d'Hanoi et thé vert. (l'eau, c'est pour la marche). Nous acceptons l'alcool de riz traditionnel, mais déclinons poliment la proposition de boissons médicinales. D'ailleurs, moi, rien que de les voir, je vais déjà mieux! c'est dire si c'est pas la peine d'en boire!

   a_la_votre   un_petit_verre_

Mais si vous avez des petits soucis, n'hésitez pas! j'ai bien sûr gardé l'adresse!

Lorsque nous quittons le restaurant, l'orage menace au loin, et le crachin s'invite à nouveau. Nous hésitons encore une fois, mais nous ne sortons toujours pas les vêtements de pluie.

Dong_KheAvant de reprendre le chemin vers Pak Huan, nous nous rendons sur les hauteurs de la ville, pour visiter les maigres vestiges de la base militaire française.

Comme je l'ai déjà dit, les vietnamiens n'ont pas le culte du passé, et les traces des guerres successives ont été pour la plupart effacées. Cependant, l'expension du tourisme, ces dernières années, encourage le gouvernement dans sa volonté de réhabilitation des quelques sites encore exploitables. Dong Khê fait partie de ceux-là. C'est jour de travail sur le chantier, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au rythme où vont les choses, les ouvriers ont du travail pour plusieurs années! Ils ont provisoirement transformé ce bâtiment en cantine et dortoir, et à en juger par le nombre de cadavres de bouteilles, le provisoire risque de durer! Notre présence ne semble pas les émouvoir, et ils continuent tranquillement leur sieste  travail.Dong_Khe_2 Le secteur est truffé de galeries comme celle que l'on voit sur cette photo. Ce camp offrait un point de vue sur tous les monts environnants, mais une fois encore, l'avis des historiens est unanime: des erreurs stratégiques énormes, dues, notamment, à la méconnaissance du terrain de la part des donneurs d'ordres, signeront la fin de la présence française en Indochine. Les conséquences de la chute de Dong Khê ont vraisemblablement conduit au plus grand massacre de l'histoire de la légion étrangère , à Dien Bien Phu. Certains livres, fort intéressants, expliquent très bien la génèse de la défaite. Je donnerai, dans un chapitre consacré, quelques sources qui m'ont été précieuses.

Depuis le fort, on embrasse toute la ville, et on constate alors avec étonnement que la plupart des bâtiments administratifs de l'époque sont toujours là, et qu'ils n'ont pas beaucoup changé!

Il est temps pour nous de reprendre notre marche. Nous traversons à nouveau la ville, devant le restaurant, où nos porteurs sont toujours attablés, et nous prenons la direction de la montagne.

En vous parlant des racines de galanga, je vous ai préparé en douceur à ce qui va suivre...âmes sensibles, ne vous attardez pas sur cette photo.

desolee

En sortant de Dong Khê, nous longeons l'arrière du marché couvert, et dans une bassine, quelque chose m'intrigue. Khoa sait de quoi il s'agit, mais il me laisse m'approcher sans me metttre en garde. Je vous laisse imaginer ma réaction lorsque j'ai compris... J'aurais pu passer mon chemin, et vous épargner cette image, mais c'eût été une forme de censure. En visitant des pays aux coutumes différentes des nôtres, on doit s'attendre à être surpris, souvent, choqué, parfois. Mais c'est à nous de nous adapter, et non l'inverse. Et finalement, je ne regrette pas d'avoir assisté à cette scène de vie quotidienne: j'avoue que jusque là, j'avais tellement en tête des récits de massacres cruels, que je ne pouvais m'empêcher de penser que Khoa nous avait donné une version édulcorée de ce commerce.
Or, la blessure dans le cou de cet animal me prouve qu'il n'avait pas menti.

Un peu secoués par cette vision malgré tout déstabilisante, nous reprenons sans tarder le chemin qui s'élève bientôt au milieu d'une végétation luxuriante.

vers_Pak_Huan

La montée se fait de plus en plus rude, et le ciel de plus en plus bas. Arrivés dans la forêt, nous évoluons dans les nuages. Il fait trop chaud pour enfiler nos panchos: nous ne serions pas mouillés par la brume mais trempés de sueur, ce qui n'est pas franchement plus agréable. Je n'ose vraiment pas me plaindre, car si nos porteurs ont eu jusque là la chance de pouvoir emprunter des pistes avec leur mobylette, notre destination du jour ne leur offre pas cette possibilité. C'est donc à dos d'hommes que nos sacs de voyage (19 kg chacun) ainsi que la nourriture et leurs propres effets personnels seront transportés, à travers la forêt primaire.

Faisons une parenthèse écologique: nous avons assisté, au coeur des forêts, à la déforestation par brulis, en vue de faire des terres cultivables. Ceci se fait avec l'accord du gouvernement, contre toute logique écologique, pour compenser les terres sacrifiées sur l'autel de la construction urbaine. C'est ainsi que l'on peut voir, dans des pentes impossibles, des pousses de maïs pousser sur de la terre encore noircie par le feu. Je ne peux m'empêcher de m'interroger sur les risques de glissements de terrain, lorsque la terre ne sera plus retenue par les racines des arbres.

Mais plus grave encore, pour la biodiversité, la déforestation menace inexorablement la faune locale. Les tigres, encore présents il y a 50 ans, ont pratiquement disparu de la montagne, tout comme certains singes. Malgré toutes nos précautions et toute notre attention, nous n'en verrons aucun durant tout notre parcours. Une fois, nous avons juste entendu un singe, tout près de nous, mais nous ne l'avons pas vu. Il faut dire qu'ils sont très sauvages...

Toutefois,drole_d_oiseau nous faisons tout de même la rencontre avec un drôle d'oiseau, se balançant sur une branche!

Le long du chemin, une femme se repose. En contrebas, des hommes et des femmes défrichent et désherbent. Silhouettes fantomatiques, coiffées du traditionnel chapeau conique et vêtues d'une toile cirée, elles piochent, toute la journée. C'est dire si cette photo m'est précieuse!

Lorsque nous sommes arrivés à sa hauteur et que je l'ai vue, sur son arbre perchée, je lui ai tout de suite demandé si je pouvais la photographier. Elle a accepté sans hésitation, mais elle croyait que je voulais qu'elle descende de l'arbre. Je l'en ai de suite dissuadée, bien sûr, mais elle était très coquette: elle a tenu à remettre de l'ordre dans sa coiffure, à offrir son plus beau sourire.

En arrivant au col, Khoa propose une pause. Il est impossible de s'asseoir sans se tremper les fesses, et notre petite causette avec cette dame nous a reposés. Nous aurions pu poursuivre notre chemin sans nous arrêter, mais par égard pour nos porteurs, nous acceptons de bonne grâce. Nous en profitons pour parler photographie avec Khoa: il nous dit être surpris par le fait que nous ne souhaitions pas particulièrement figurer sur nos clichés, et aussi par le fait que nous prenions tant de photos de paysages. Pour lui, la nature n'a rien d'extraordinaire et ne mérite pas tant d'égards! je lui fais tout de même remarquer que c'est facile pour lui de dire ça, lui qui vit toute l'année dans ce paradis végétal, dans ce véritable théâtre naturel! Il avoue alors ne pas avoir conscience de cette beauté...ça me rend un peu triste, parce que je réalise qu'on est rarement conscient de la valeur des choses, lorsqu'on les a sans cesse sous les yeux...

Mais je réalise aussi une chose: il est vrai que Khoa nous a souvent proposé de nous prendre en photo, mon mari et moi, et que nous avons toujours refusé...je crois qu'il pense que nous avons peur de lui confier nos appareils! alors tout de suite, je lui demande si cette idée lui a effleuré l'esprit et il me le confirme. Je le rassure dans un éclat de rire, et lui promets que nous le laisserons jouer au photographe, peut-être dans la baie d'Halong...je peux déjà vous dire que ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd...

Au même moment, je sens mon téléphone vibrer dans ma poche: ma soeur m'envoie un texto pour savoir si nous sommes toujours en vie (!) et il me vient alors une idée: derrière nous, le blanc des nuages. Je tends le bras et tente un auto-portrait, joue contre jour, avec mon mari...on ne ressemble à rien mais ce n'est pas grave, et hop, je l'envoie en mms à mes filles restées à la maison avec ce simple message: un bisou des nuages.... c'est beau quand même, la technologie, parfois!

Nous basculons enfin dans la vallée de Coc Xa , et la fin du parcours s'effectue sur un sentier qui descend en pente douce. Je suis pressée d'arriver pour enfiler des vêtements secs, et cette fois, j'ai bien le sentiment que nous n'échapperons pas à la pluie. Nous arrivons en fin d'après midi à Pak Huan, qui est en fait un micro-village. Il n'y a là que la maison de notre hôte, et 3 autres maisons, toutes accrochées à la colline. C'est sans conteste l'endroit le plus sauvage que nous ayons vu jusque là! La maison est magnifique, entièrement en bois, et d'une propreté irréprochable. D'un côté, la toiture vient mourir à quelques dizaines de centimètres de la montagne, et de l'autre, elle s'ouvre sur un grand balcon qui surplombe l'étable et la vallée. Sur le côté du balcon, une petite cabane en bois sert de salle de bain. On vide la bassine directement à travers les planches en bois mal jointes...autant dire qu'il vaut mieux ne pas trainer en dessous, sous peine de prendre une bonne douche!

Pak_HuanC'est très spacieux et très pittoresque. Ce soir encore, nous aurons une "chambre" pour nous seuls. Le reste de la famille et notre équipe dormiront non loin de nous, mais nous serons tous séparés par de maigres cloisons de bois. Notre coin à nous s'ouvre sur un autre balcon, qui domine le poulailler et l'alambic à alcool... de maïs! ce soir, nous changeons de breuvage! On a vue directe sur l'avancement de la distillation!

La maison semble vide: le père n'est pas encore rentré des champs. Le village ne doit pas être très loin à pieds d'un autre bourg plus important: la fille de la maison, agée d'une vingtaine d'année, y va étudier chaque jour.

Pak_Huan_2La nuit n'est pas encore prête à tomber et pourtant il fait si sombre que l'ambiance est un brin lugubre. Il faut dire que tout le monde est fatigué! Nous prenons sans attendre une douche à l'eau froide et finalement, nous voilà tous requinqués! Mais pour la première fois depuis notre départ, nous avons un peu froid...il ne faut rien exagérer non plus! froid, en comparaison de la fournaise de ces derniers jours! Comme chaque soir, nous prenons l'apéritif en compagnie de toute l'équipe, puis nous parlons de sujets divers avec Khoa, qui se révèle un garçon fort attachant. Il commence à regretter de ne pas nous accompagner dans la partie sud du pays. La semaine suivante, un groupe de 16 personnes l'attend, et il nous confie que ce n'est pas toujours facile à gérer. Nous sommes nous aussi, un peu déçus, mais nous refusons de nous laisser aller: après tout, cela nous donnera l'occasion de connaître d'autres personnes! Je clos le sujet en lui disant "de toutes façons, je suis sûre que c'est toi le meilleur!" Effet escompté immédiat: il retrouve un sourire béat!

decorations Nous sommes ici en territoire Dao ( si vous avez retenu, vous savez que ça se prononce...Zao!), une autre tribu minoritaire de Nord. Il existe 53 minorités ethniques au Vietnam, et toutes ont leur propre dialecte, incompréhensible pour un vietnamien des villes.

Notre hôte est un homme influent dans la région. Il est chef de plusieurs villages, et a été honoré pour cela par le parti. Comme dans chaque demeure, on trouve en face de la porte d'entrée, dans l'endroit le plus en vue de la maison, l'autel des ancêtres, et juste à côté, on accroche au mur les distinctions honorifiques et autres tableaux d'honneur.

C'est à Pak Huan que nous prenons notre dernier repas avec nos cuisiniers et porteurs, notre dernier repas en montagne. Même si la suite de notre voyage me passionne autant, je serais bien restée quelques jours de plus en forêt! L'ambiance, surchauffée par l'alcool de maïs est très chaleureuse et la nourriture toujours aussi délicieuse. La jeune fille est rentrée aussi et se joint à nous....elle a beaucoup plus d'entrainement que moi dans le Tchouk Suk Khoè! elle y ajoute une note personnelle qui se résume en un mot et que j'écris ici comme il se prononce: "Zô" , et que je vous traduis aussitôt dans notre langue "cul sec!" Elle passe sa soirée à défier tous les hommes, et quand elle les a tous achevés, elle me défie à mon tour...mais je n'ai aucune fierté dans ce domaine, et la nomme vainceur par forfait de l'adversaire....pas folle, la guêpe! les problèmes intestinaux ne m'ont pas encore rattrapée, je n'ai pas l'intention de me rendre malade bêtement!

tchouk_suk_khoe

Ce soir là, nous avons du mal à aller nous coucher mais le lendemain, la route est longue: il faut se lever à 7h00. Un peu grise, je sombre dans un sommeil sans rêve....

Posté par neferka à 14:52 - Pas à pas - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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