Des confins du Tonkin au Delta du Mekong

Un carnet de voyage et d'images, pour garder vivant le souvenir de notre séjour au Vietnam, et partager les sourires des enfants et les paysages à couper le souffle. Et pourquoi pas vous donner envie de découvrir à votre tour les mystères d'Indochine?

07 mai 2008

Le rêve est devenu réalité

Ce voyage, j'en rêvais depuis si longtemps...

Je l'ai nourri, pendant des années, de lectures, de documentaires, de récits, de photos... Je lui donnais corps, à ce pays lointain. Je l'imaginais, mystérieux, caché dans la brume, au coeur de la baie d'Halong.
Comme vous, sans doute, j'ai vu des films, comme Indochine, ou L'amant, qui lui ont donné une touche romantisme. Et puis j'ai lu Marguerite Duras. En finissant chacune de mes lectures, je fermais les yeux, dans l'espoir de me réveiller là-bas.

Et puis un jour, j'ai voulu donner vie à ce rêve, connaître le bruit des villes, les couleurs des rizières, le parfum de cette terre lointaine.

Nous sommes partis entre le 7 et le 21 avril 2008, pour un voyage à deux, loin du tourisme de masse et de sa boulimie d'images toutes faites. Pendant 6 jours, nous avons marché, de village en village, franchissant les montagnes de calcaire, traversant les rizières. Nous avons dormi chez l'habitant, partageant leurs conditions de vie sommaires, parenthèse de vérité dans nos vies trépidantes d'occidentaux blasés.

Nous avons navigué en mer de Chine, à la découverte de la 8° merveille du monde.

Nous avons flâné sur les marchés d'Hanoi, découvert la cité interdite d'Hué, goûté à la douceur de vivre du Delta du Mékong, et marché sur les traces de ces français bâtisseurs à Ho Chi Minh Ville.

C'est ce récit que j'entame aujourd'hui...

Posté par neferka à 14:16 - Blabla comme ça - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


09 mai 2008

Pour plus de lisibilité

Pour une meilleure compréhension, j'ai choisi de faire apparaître chaque chapitre, du plus ancien au plus récent, comme dans un carnet de voyage classique. Je n'aimais pas l'idée que l'on puisse découvrir ce blog, et commencer sa lecture par la fin! Cette petite parenthèse refermée, il est tant de nous envoler...

Posté par neferka à 08:22 - Blabla comme ça - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le départ

Tout d'abord, il faut dire que le Vietnam est une destination lointaine... certes, voilà une belle lapalissade, mais le voyage en lui-même est déjà une aventure, lorsqu'on a pas la chance d'avoir un aéroport international près de chez soi !

Nous avons choisi un vol de nuit, pour plus de confort, mais 13 heures de vol en classe éco, c’est long ! Notre vol n’est pas direct. C’est un choix de notre organisateur. J’avoue que je n’étais pas enchantée à l’idée de ce changement à Hong Kong, d’autant qu’à l’aller, nous n’avions qu’une heure d’escale, mais nous avons fait confiance à l’équipe. Finalement, tout s’est bien passé, et nous sommes arrivés le 8 avril à Hanoi.

   Le temps était brumeux, saturé d’humidité, et très chaud.

arrivee_copie

Khoa, qui sera notre guide pour toute la partie nord, nous attend et se charge pour nous de l'obtention de nos visas: il est en effet préférable de prendre son visa sur place, plutôt que d'en faire la demande à l'ambassade à Paris. Il suffit pour ça de demander une invitation à l'organisateur vietnamien de votre séjour. Tout se fait par e-mail. On envoie l'état civil exact des participants, les dates du voyage ainsi que les numéros de passeport. On reçoit quelques jours plus tard, toujours par e-mail, un document officiel du ministère du tourisme vietnamien, en format PDF, qu'il nous suffit alors d'imprimer. Il nous sert de sésame pour embarquer. A l'arrivée, il ne reste plus qu'à payer les 60 euros par personne de frais de visa, et de faire tamponner son passeport.

Pendant que nous attendons Khoa, nous assistons au rassemblement d'un groupe de touristes français, sous les hèlements désespérés d'une jeune guide, à qui nous souhaitons en pensée bon courage! Nous nous félicitons alors d'avoir fait le choix de voyager à deux: marcher à 30, sur les chemins de ce pays, qui invite tant à la méditation m'apparaît alors comme une hérésie...mais il en faut pour tous les goûts!

Nous nous acquittons sans problèmes des formalités douanières et profitons de la disponibilité du bureau de change pour acheter des VN Dongs. Au 8 avril 2008, un euro s’échangeait pour environ 25 000 Dongs. Enfin, nous nous mettons à l’heure vietnamienne, en avançant nos montres de 5 heures. (une heure de moins qu’à Hong Kong)

Nous sortons enfin de l’aéroport et nous prenons place dans la voiture mise à notre disposition, tout en faisant connaissance de notre chauffeur, Thâi N’Guyen.

J’ouvre grands les yeux pendant tout le trajet qui nous conduit à notre Hôtel. Cette première prise de contact avec le pays est souvent riche en émotions. Bien sûr, ce qui surprend au début, c’est l’anarchie relative de la circulation routière : ici plus qu’ailleurs, les anges gardiens des cyclomotoristes sont sur-entraînés ! L’usage du klaxon est roi, et signifie des tas de choses, selon la situation : pousse-toi, bouge pas, j’arrive, attention… mais il faut admettre qu’à force, ça n’émeut plus grand monde.

Ici, comme dans tous les pays où le terrain est très cher, l’architecture est typique : les maisons sont étroites et hautes : encombrement minimum au sol, et surface habitable maximum.

Nous traversons le fleuve rouge, anormalement bas pour la saison. En amont, des bateaux sont bloqués, faute de profondeur. Ici comme ailleurs, le bouleversement climatique se fait sentir.fleuve_rouge_copie      maisons

maison_2

Notre hôtel est situé dans le vieux quartier de Hanoi, là où les rues portaient le nom des corporations qui y travaillaient, au début du siècle dernier. Je dois dire que je m’étais préparée au pire, concernant l’hébergement. Ce que j’avais lu, ça et là, était peu engageant. J’ai donc été très surprise par la qualité des hôtels vietnamiens, par leur propreté et la qualité du service.

C’est donc à l’hôtel Hong Gnoc, rue Luong Van Can, que nous avons enfin posé nos valises…euh, nos sacs à dos !

Nous prenons une douche vite fait, parce que la fatigue n’a pas raison de notre curiosité, de notre soif de découverte.

Munis d’un plan de la ville comme fil d’Ariane, et de quelques conseils de Khoa, nous partons à la découverte de la cité pétaradante.

      

Posté par neferka à 18:10 - jour après jour - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 mai 2008

Un après-midi à Hanoi

Le plus difficile, au début, est peut-être d’oser se faufiler dans la circulation : traverser une rue est une véritable expédition. Difficile aussi, l’adaptation à la chaleur ! il faut dire que la transition est de taille : nous avons quitté Paris sous la neige, et 30° nous pèsent à présent sur les épaules. Mais bon, on est pas des chochottes ! Une bouteille d’eau, le plan ; à nous, Hanoi !

Depuis le temps que j’en rêvais, j’ai déjà repéré la rue de la soie. Elle est à deux pas de l’hôtel, et elle descend tout droit vers le lac : parfait !

Nourrie de mes lectures, je l’ai plus fantasmée que rêvée cette rue… et la voilà :

rue_de_la_soie_copie

Oui, je vous le concède, elle a considérablement perdu de son charme mythique. Mais contrairement aux apparences, elle est toujours bordée de tailleurs et marchands de soieries. En quelques heures, il est possible de se faire tailler sur mesure un  ao dai (prononcer ao Zaï) ou un costume…mais attention ! Khoa nous a prévenu : ici, ils ont tendance à vous faire prendre les vessies pour les lanternes  . Il aime beaucoup cette expression française, avec laquelle il a eu beaucoup de mal, lors de son apprentissage de notre langue. Heureusement que les vendeurs de « soie synthétique » sont là : il peut l’amortir, cette maudite expression !

Oui, d’accord, j’y reviens ! je vous entends protester ! mais qu’est-ce que c’est que ça, un ao dai ??? j’y viens ! un ao dai est la tenue traditionnelle des femmes vietnamiennes. C’est une longue tunique de soie à manches longues, fendue de chaque côté, à partir de la taille, et qui se porte sur un pantalon ample.

Nous venons d’arriver, un trek nous attend : pas question de s’aventurer dans les boutiques pour l’instant !

Nous filons vers le lac. Je suis un peu déçue par la lumière, qui m’empêche de prendre de belles photos. Il y a tant de brume ! L’endroit n’en est pas moins ravissant, et il règne ici une vrai douceur de vivre.

    

lac_d_Hanoi_4_copie

On croise souvent des femmes, coiffées du chapeau conique, portant leur palanche chargée de fruits. C’est ainsi qu’on peut acheter pour trois fois rien de petits ananas, prêts à être dégustés, sur de petits piques en bois.

Nous faisons un petit tour à la poste, pour acheter les timbres pour les indispensables cartes postales…

Nous flânons, heureux d’être là, savourant l’instant, tout simplement.

Nous jetons un œil sur le plan, et nous nous dirigeons vers la cathédrale. J’avoue avoir été surprise de voir à quel point la religion catholique était encore très présente au Vietnam. Surtout, à quel point les vietnamiens étaient libres de pratiquer leur culte, quel qu’il soit.

cath_drale_d_Hanoi_copie

Cette grande bâtisse de l’ère coloniale est un peu austère de l’extérieur…et nous n’aurons pas la chance d’en visiter l’intérieur, elle est fermée.

Nous décidons de nous perdre, en marchant au gré de nos envies, et finalement, nous faisons une pause dans un café…pour boire une bière. Le français a presque disparu au Vietnam, mais quelques mots subsistent dans le vocabulaire courant. C’est le cas pour le café, souvent écrit Ka Fé, ou encore Cà Phe, pour veston aussi. Oui, je sais, ça n’a rien à voir, mais je m’en souviens, alors je vous le dis ! d’ailleurs, si je me rappelle d’autres mots, je vous les donnerai comme ça, quand ils me reviendront…

Au hasard de nos pas, nous arrivons sur un petit marché. La chaleur est étouffante aux heures les plus chaudes de l’après-midi, et les clients ne se bousculent pas…certains en profitent…

march__d_Hanoi_4_copie

Le mélange des odeurs est parfois éprouvant. L’une, particulièrement, que nous ne parvenons pas à identifier mais qui est franchement désagréable. Ici, la viande de porc, abats compris, s’étale sans aucun moyen de réfrigération ;

march__d_Hanoi_8_copie

là, ce sont des poissons vivants, qui tournent en rond dans une bassine ;

poissons

là encore, ce sont des poissons séchés, qui pendent à des fils.

march__d_Hanoi_6_copie

Des femmes vendent des bols de soupe très appétissants, que les gens consomment sur place, assis sur de petites chaises en plastique.

Nous déambulons dans les allées, fascinés par ce spectacle bigarré. Nous ferons au moins trois fois le tour de ce marché, sous les yeux amusés des marchands qui nous voient si curieux de ce qui est leur quotidien.

Au coin des rues, des femmes vendent des pains "français". En fait, ils en ont vraiment l'aspect, mais pas tout à fait le goût: un peu de farine de riz est mélangée à la farine de blé. La mie est beaucoup plus aérée, plus légère.

marchande_de_pain_copie

Nous revenons vers le lac, pour mieux nous repérer dans ce dédale de rues, avant de rentrer à l’hôtel : nous avons rendez-vous avec Khoa et notre chauffeur, pour aller dîner dans un restaurant un peu particulier. Les cuisiniers et les serveurs de ce restaurants sont tous des élèves de l’école Hoa Sùa, qui forment ces jeunes gens issus de famille pauvres du Vietnam. L’école a été créée par des français. C’est un bel endroit, dans un quartier calme de la ville, qui semble très prisé. Nous y avons d’ailleurs fait un excellent repas. Si le cœur vous en dit, vous pouvez visiter le site de cette école : http://hoasuaschool.com

C'est aussi pour ce genre de choix que nous sommes fidèles à notre voyagiste: pour son engagement pour un tourisme responsable et humain.

Pour notre premier jour en terre asiatique, nous n’avons pas lézardé ! il est plus que temps d’aller dormir : demain, une longue route nous attend, qui nous conduira au départ de notre trek…

Posté par neferka à 13:45 - jour après jour - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 mai 2008

Départ pour Cao Bang

Contre toute attente, et malgré le décalage horaire, nous avons dormi comme des bébés. La chambre était vraiment très confortable. Il nous faut refermer nos sacs et partir tôt: ce matin, nous prenons la route pour Cao Bang, où nous passerons la nuit prochaine.

Borne

Ne vous fiez pas au kilométrage indiqué sur la borne! je l'ai photographiée bien après notre départ. 7 heures de route nous attendent en réalité.
Cette journée est donc une journée de transition: nous ne randonnerons pas, mais nous quittons la ville pour le nord. Très vite, le paysage change: les rizières s'étendent à perte de vue, peuplées de silhouettes courbées.

1__rizieres

Je suis impressionnée par le courage de ces gens, qui du matin jusqu'au soir, travaillent la terre sans relâche. Jamais, durant tout notre séjour, nous ne surprendrons la moindre herbe folle dans les champs.

travail_de_la_terre

Nous traversons la bourgade de Thai Nguyên, où nous nous arrêtons pour boire un thé vert cultivé localement. Je me réjouis à l'idée de goûter un vrai thé vert "frais"...je ne vais pas être déçue! comment dire?...spécial. Oui, c'est ça. C'est très spécial. D'abord, au nez: je ne saurais vraiment définir l'odeur du breuvage en question, à mi-chemin entre du jus d'artichaut et d'épinards. Je ne crois pas si bien dire, car Khoa nous apprend que dans la région, les infusions d'artichaut sont très utilisées comme remède...mais en l'occurence, c'est bien du thé, mais alors très, très vert! Finalement, on se fait à tout, et à force d'en boire, nous finirons par nous habituer.

Après Thai Nguyên, la route s'élève vers le col de Cao Lac. Nous quittons la plaine, à population vietnamienne, pour entrer en pays Thô, en territoire frontalier.

      sur_la_route_de_Cao_Bang     sur_la_route_de_Cao_Bang_2

Nous retrouvons un peu la brume, mais elle donne ici au paysage un charme mystérieux.

1__brumes

Derrière la vitre de la voiture, j'observe la nature qui défile, et je n'en finis pas de l'admirer. D'ailleurs, je remercie ici notre chauffeur pour sa patience et sa gentillesse: à chaque fois qu'il m'entendait dire "oh! regarde...!", il s'arrêtait pour que je puisse aller voir de plus près ce qui m'avait tant intéressée...autant dire que nous nous arrêtions souvent! Finalement, j'en suis arrivée à la conclusion suivante: il vaut mieux que je ne voyage pas en groupe, c'est sûr! je serais un véritable boulet et je risquerais de me faire jeter dans le premier ravin venu. Notez que j'en suis consciente!

Et là, depuis quelques kilomètres, je vois au bord de la route, des bâtisses en briques, et des rangées de je ne sais quoi, bien alignées tout autour. Des nattes les habritent. Finalement, je n'y tiens plus et je finis par demander ce que c'est...nouvel arrêt.

briquerie

Il s'agit justement de briqueries! Et sous les nattes sèchent...des briques. C'est bien, vous suivez.

Dans un village où nous nous arrêtons, je constate avec suprise que pour la première fois depuis que nous voyageons dans le monde, on nous regarde avec curiosité. Bien sûr, le Vietnam s'ouvre au tourisme, de façon d'ailleurs assez impressionnante dans certaines régions, nous en reparlerons, mais depuis que nous avons quitté Hanoi, nous n'avons pas encore croisé un occidental. Habituellement, il faut bien l'avouer, nous, pauvres touristes, avons tendance à dévisager avec insistance les autochtones des pays que nous visitons. Ici, nous le sommes tout autant. Certaines femmes n'hésitent pas à venir me toucher en riant...des fois que je ne sois pas vraie...et j'aime beaucoup ces échanges. Car il s'agit bien d'échanges. Malgré la barrière de la langue, nous parvenons à communiquer: le sourire est un langage universel.

Alors que d'en d'autres pays, corrompus par le tourisme de masse, certains demandent rétribution pour se faire photographier, ici, les gens viennent à notre rencontre, et sont très heureux de poser pour nous. D'ailleurs, j'apprendrai très vite à ne blesser personne: je me suis aperçue que les plus timides, n'osant pas demander une photo, étaient tristes de ne pas être choisis comme modèles! A chaque fois, je prenais le temps de leur montrer la photo sur l'écran numérique et ils étaient ravis.

J'éclairerai mon récit de leurs sourires...ou de leurs bouilles boudeuses!

1__rencontres

Khoa désespère d'arriver à temps à Cao Bang pour visiter le marché...il n'a pas vraiment tort! Lorsque nous arrivons, nous sommes entre chien et loup et nous découvrons que la ville n'a pas d'électricité: l'unique centrale électrique du pays ne suffit pas à éclairer tout le pays. Qu'à cela ne tienne: on se la partage! et donc, régulièrement, des villes sont plongées plusieurs heures durant dans l'obscurité, sans que personne ne proteste ( la même chose en France...!!!) Seuls les hotels sont équipés de générateurs.

Nous déposons vite fait nos bagages à l'hotel Thanh Loan (je ferai un chapitre "références" pour les éventuels routards) et nous filons au marché jusqu'à la nuit.

        march__du_soir     march__du_soir_2

En soirée, nous allons dîner dans un petit restaurant très typique, où nous serons les seuls occidentaux, jusqu'à l'arrivée d'un français, professeur à l'université, spécialiste de la guerre d'Indochine. Il est là avec son guide, et il retourne une n'ième fois sur les lieux des combats. Au passage, ses talents d'orateur décuplés par la bière d'Hanoi mélangé à l'alcool de riz, il nous fait un cours d'histoire, très intéressant au demeurant.

Très heureux d'avoir un auditoire attentif, mais néanmoins au bord de l'endormissement, on arrive plus à l'arrêter. C'est Khoa qui nous sauve, en lui coupant la parole pour lui dire que nous aurions l'occasion de voir tout ça, puisque c'était précisément l'itinéraire de notre trek. A ce mot, le monsieur a comme un bug, il bafouille. "vous allez faire tout ça à pieds???!!!"  ben tiens! un peu, qu'on va le faire! "pas à Coc Xa! c'est pas possible d'y aller à pieds"  Coc Xa aussi! achevé le bonhomme! une bière pour le monsieur siouplait!

Nous prenons congés en disant merci, on est quand même poli!, et Alain Decaux nous dit au revoir et " ben mon vieux, bon courage, hein!"

Posté par neferka à 22:36 - jour après jour - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mai 2008

En route pour l'aventure

Cette fois, c'est parti! Enfin, en douceur: ce premier jour de marche sera plus une mise en jambes qu'un réel trek.

Hier soir, en entrant dans la chambre, heureuse d'aller me jeter dans les bras de Morphée, j'ai allumé la lumière. (oui, vous avez vu, entre temps, elle est revenue!) Mais j'aurais pas dû! Parce que du coup, je l'ai vu! Il a dû me voir aussi, parce que lui, il s'est planqué derrière le caisson de la clim'...lui, c'était un géko. Oh, il était pas bien gros! mais il était pas beau. Et puis moi, je partage pas ma chambre avec un géko. Alors Morphée s'en est allé enlacer d'autres candidats au sommeil, me laissant seule, avec mes tongs pour seules armes. Seule, parce que mon mari, lui, est déjà couché, et il me regarde d'un air amusé, me répétant que les petites bêtes mangent pas les grosses...

De toute évidence, le géko en question n'est pas décidé à quitter son caisson, et je finis par me coucher à mon tour, en me planquant sous les draps jusqu'aux oreilles. A peine la lumière éteinte, le voilà qui me nargue en faisant un bruit...pas facile à reproduire ici, mais qui faisait en gros "tac, tac, tac"! Riez, riez! on voit que vous n'y étiez pas!

Mon mari renonce à me répéter que les petites bêtes...etc, sous la menace de se retrouver sur le balcon. Je lance alors une battue, munie de ma lampe frontale, sans plus de succès. Alors que j'allais m'endormir, je sursaute, surprise par le cri qui s'est considérablement rapproché! Et là, à la lueur de ma Petzl, je le vois juste au dessus de moi. J'envisage un temps d'aller dormir dans la baignoire mais bon...faut pas pousser quand même! Homme viril prend les choses en mains, ouvre la fenêtre et tente de faire sortir l'intrus à coups de tong. Après avoir failli envoyer la tong par la fenêtre, et bien réussi à faire rentrer le géko de plus belle, j'abdique définitivement.

Cao_Bang_depuis_l_hotel_copie

Bref, ce matin, debout à 6h30, après une courte nuit agitée. La bête a disparu. A nouveau, il faut refermer les sacs. Après un petit déjeuner composé de pain et de confiture, nous sortons de l'hotel pour aller au marché. On entend déjà une grande agitation. Le départ est prévu pour 9h00. Juste à côté de l'hotel, dans un petit établissement entièrement ouvert, une femme prépare des galettes de riz, des oeufs, des légumes, des soupes, en guise de petits déjeuners.

Le marché de Cao Bang est en deux parties: l'une en plein air, au bord de la rivière, l'autre couverte.

      march__Cao_Bang_6_copie    march__Cao_Bang_7_copie

Dans le marché couvert règne cette même odeur désagréable que nous n'arrivons pas plus à identifier. Je préfère donc me promener à l'air libre. Pas évident de regarder partout, tout en faisant attention aux scooters, qui se faufilent dans la foule. Les marchandises sont souvent posées à même le sol, ou sur des nattes, et il faut prendre garde de ne rien écraser.

      march__Cao_Bang_9_copie     March__Cao_Bang_11_copie

Nous découvrons des tas de légumes, d'herbes diverses et variées. Pour la première fois, nous rencontrons des femmes issues des ethnies minoritaires du Nord. On les reconnait à leurs vêtements, comme cette femme à la jupe noire et à la coiffe caractéristique des M'hongs. Là, c'est la canne à sucre qu'on est venu vendre.

march__Cao_Bang_12_copie

Là, ce sont les pousses de bambou, l'ail, les oignons, les ananas et d'autres légumes.

Un coup d'oeil à la montre, et nous nous apercevons qu'il est temps de retourner à l'hotel: il est bientôt 9 heures, et nous avons encore 2 heures de route à parcourir avant d'arriver à Ta Lùng, point de départ de notre parcours. Nous faisons notre provision d'eau et sommes à l'heure au rendez-vous. Nos bagages sont déjà chargés sur les mobylettes de nos porteurs/cuisiniers, qui se mettent en route tout de suite. Khoa nous présente alors notre agent de liaison...comment vous expliquer tout en restant politiquement correcte?...disons que ce monsieur est un fonctionnaire, chargé de nous accompagner tout au long de notre chemin, pour veiller à notre sécurité...rigolez pas, les attaques de moustiques, ça arrive! Mr Jap. J'écorche sûrement l'orthographe de son nom, mais je l'écris comme il se prononce.

Mr Jap s'installe donc à l'avant du 4X4 et ne décroche pas une parole pendant tout le chemin...lui, c'est sûr, c'est pas un rigolo! Mais on ne va tout de même pas se laisser impressionner par quelqu'un qui est chargé de notre sécurité! déjà qu'on ne se sentait pas trop menacé, là, on est carrément détendu!

Arrivés à Ta Lùng, Thai N'Guyen nous dépose, décharge nos sacs et nous donne rendez-vous à dimanche soir. Nous ne portons que nos affaires de la journée: un sac de 5-6 kg de matériel photo pour René, et à peu près autant pour moi, avec l'eau, les vêtements de pluie et quelques bricoles de première urgence.

Nous traversons le village, entouré de rizières, traversons un pont qui enjambe une rivière qui s'en va faire une boucle en Chine avant de revenir au Vietnam.

Pont

Je ne sais pas s'il tombe quelques gouttes de pluie, ou bien si c'est la brume, mais une chose est sûre: il fait humide! Nous marchons à peine depuis 1/2 heure (avec quelques pauses photos), et je réalise que Mr Jap a mis le turbo et qu'il nous a largués, abandonnés à notre sort d'étrangers potentiellement en danger...en danger immédiat de ne pas trouver leur chemin, parce que Khoa semble hésiter sur la direction à prendre...quelques mots échangés avec des villageois le renseignent sur celui qu'a empreinté notre garde du corps. Bon, autant le mettre tout de suite au pas, s'il croit qu'on va accélérer le nôtre, il va être déçu! Je vous l'ai dit, je suis un boulet! Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de voyager dans de pareilles conditions, et j'ai bien l'intention de goûter chaque instant, et pas au pas de charge, n'en déplaise à Mr Jap! Et puis, il est si beau ce village! Les habitants sortent des maisons, viennent nous voir, comme des curiosités exotiques, et posent à Khoa des tas de questions. Ce qui semble les surprendre, outre la blancheur de ma peau, c'est notre taille: ils s'amusent à se mesurer à nous. En ce premier jour, je n'osais pas encore trop les photographier, je ne savais pas encore qu'ils n'espéraient que cela!

  1__village

Depuis le départ, j'entends au loin un bruit strident qui m'intrigue. Je n'ai jamais rien entendu de pareil: il s'agit de cigales! Mais rien à voir avec nos p'tites cigales d'opérette! celles-là font un vacarme assourdissant et nous nous dirigeons tout droit vers elles: elles sont dans la montagne.

Pour l'heure, nous quittons le village et ses dernières habitations.

      Ta_L_ng    sur_la_route_de_Ta_L_ng

    Après cette longue partie plate, nous commençons une première montée sur des sentiers étroits et parfumés. La végétation est luxuriante, exhubérante et généreuse. Je me rappelle de ma frustration, lors d'un voyage aux Antilles, en découvrant que les fleurs, si belles furent-elles, ne sentaient absolument rien. Là, c'est tout le contraire. C'est toute la montagne qui exhale un parfum léger et suave, proche de celui du jasmin.

    fleur   fleurs_2

fleurs_3

Les montagnes du Vietnam ne ressemblent pas à celles de Alpes: elles ont la forme de pains de sucre, semblables à celles qui jaillissent de l'eau dans la baie d'Halong. Ce sont des montagnes de calcaire, entièrement recouverte par la végétation. Lorsqu'on regarde en perspective cette succession de monts et de vallées, où l'on ne distingue pas le moindre sentier, on comprend alors que cette région est un véritable labyrinthe.

Après avoir passé un premier col, nous traversons un replat cultivé, où nous croisons de petits chevaux, chargés de troncs d'arbres fraîchement coupés en amont. La réglementation est très stricte sur la coupe du bois: ces dernières années, les essences précieuses ont fait l'objet d'un pillage qui a fait craindre leur disparition.

chevaux

Sachant d'où l'on vient, et les difficultés pour arriver jusque là, il nous paraît incroyable que cet endroit puisse être cultivé. Ici, il s'agit de maïs. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises: au Vietnam, la moindre parcelle de terre cultivable est exploitée.

Vers midi, nous arrivons en haut d'un col et nous faisons une pause pic-nic. Mr Jap nous tourne le dos pour manger son repas, composé de salades et plats cuisinés. Nous nous contentons de thon en boîte, de quelques biscuits salés, de pain et... de vache qui rit! on la trouve partout, cette bonne vieille vache qui rit! Et le comble, c'est que nous en mangeons à chacun de nos voyages, alors que nous n'en achetons jamais en France...

Nous reprenons notre chemin, qui descend en pente raide,

on_est_bien_petit

et nous arrivons à un petit hameau où nous rencontrons une famille, dans une maison traditionnelle.

rencontre_avec_une_famille

La suite de la journée est fort agréable, le temps se stabilise, le baromètre est formel. Nous arrivons à un village où nous devions passer la nuit, mais nous poursuivons pour basculer dans une autre vallée et arriver à Bam La.

Lorsque nous arrivons , nous comprenons tout le sens du mot cuvette, qui revient souvent dans le vocabulaire pour décrire les régions où se sont déroulés les combats pendant la guerre: le village se situe au pied d'une montagne, et il est entouré de montagnes! au milieu, des champs, à perte de vue.

     arrivee_au_village   epandage_d_engrais

Cet endroit est très instructif sur le travail des rizières: ici, elles sont en partie asséchées, pour permettre le repiquage. Selon les parcelles, on peut en voir étape par étape, le processus.

   travail_des_rizieres   herse

La machine n'a pas la place dans les rizières: la récolte est le fruit du travail des Hommes et du buffle. C'est lui qui retourne la terre gorgée d'eau, avec une charrue en bois. Lui encore, mais pas toujours, comme on peut le voir ci-dessus, qui passe la herse. Ce sont souvent les femmes qui repiquent les jeunes pousses. Reste alors à briser les petites digues pour inonder les champs.

   riz_seme   repiquage

du_vert

Il est encore tôt et nous décidons de nous poser un moment sur un coin d'herbe. C'est alors que contre toute attente, monsieur Jap se déride(sans mauvais jeu de mot: si j'avais voulu, j'aurais écrit "débride"). Nous avons du réussir un examen de passage dont les conditions étaient connues de lui seul! Pour ma part, j'avais le sentiment, au départ, qu'il avait un préjugé négatif sur ces deux français qui s'offraient les services de toute une équipe pour eux seuls. Il devait s'attendre à nous voir nous comporter comme des "colons". Alors bien sûr, après une journée de mise à l'épreuve, il a du être rassuré. D'ailleurs, je découvre, ravie, qu'il peut même sourire! ça s'arrose! ...oui, mais on a rien à boire! on a pas non plus de calumet de la paix sous la main... pas grave, on va partager des barres de céréales aux cramberries! Le geste fait son effet, et il ouvre son sac pour nous offrir des petits bonbons au miel et graines de sésame. L'ambiance se détend enfin. Non pas qu'elle était tendue: avec Khoa, nous nous sommes tout de suite très bien entendus, mais quitte à être escortés, autant l'être dans la bonne humeur!

Le voilà même qui me tend quelque chose...qu'est-ce que c'est que ça?! un médicament?...non?!

grosse_bebete

SI! sauf que lui, il ne le sait pas encore. Parce que s'il le savait, il se servirait de toutes ses pattes et il filerait à l'anglaise, au lieu de se mettre en boule! Parce qu'il s'agit en fait d'un insecte, long d'environ 2 centimètres et dont la carapace le protège de tout, sauf du pilon de monsieur Jap, qui compte bien l'utiliser pour faire un remède contre les articulations douloureuses...ça tombe bien, j'ai mal nulle part!

Khoa nous parle de cette région, et des combats qui s'y sont déroulés. Dans ce village où nous allons passer la nuit, il reste des témoins de cette époque. Il nous explique que les paysans du nord ont été les derniers à rejoindre les rangs des combattants viets: dans ces régions reculées, où le travail de la terre était la seule préoccupation, on ne voyait pas bien l'intérêt d'aller se battre et perdre sa vie pour une liberté qu'on avait pas forcément le sentiment d'avoir perdu!

Puis il nous demande de lui parler de la France, nous raconte ses études, sa difficulté, au début, à apprendre notre langue. J'en profite pour prendre mes premiers cours de vietnamien. Le temps passe doucement, dans ce paysage magnifique, mais je suis un peu pressée d'arriver au village et de rencontrer notre premier hôte. Et puis la chaleur, cette humidité et les efforts consentis nécessitent un passage à la douche!

Nous reprenons notre chemin, en direction des rizières, que nous allons traverser en marchant sur les digues.

on_arrive

Nous dépassons quelques maisons sur pilotis, avant d'attendre celle de Monsieur Nac.

maison_de_m

Les maisons de cette région sont toutes semblables à celle-ci: elles reposent donc sur des pilotis, les murs sont en torchis et le sol en bois. La terrasse, devant l'entrée, est constituée de fines tiges de bambou. En y faisant mes premiers pas, j'avais l'impression de marcher sur des oeufs. Sous la maison se baladent les animaux, poules, canards, chiens et ... coqs. A côté de chaque maison, on trouve un abri pour le ou les buffles. Il est dit que pour réussir sa vie, un vietnamien doit réussir trois choses: construire une maison, trouver une femme et acheter un buffle...euh, aujourd'hui, en ville, on est pas obligé d'avoir un buffle: trop encombrant sur le balcon. On peut avantageusement le remplacer par un scooter. Mr Nac a réussi sa vie, il a tout cela. Après avoir fait connaissance avec la famille et les enfants du villages, venus en nombre admirer nos visages pâles, nous partons à la découverte des lieux...on va voir si vous suivez: quand j'arrive quelque part, qu'est-ce que je cherche en premier?...mouais, je relève pas les copies pour cette fois. Les toilettes et la douche! Et alors là...pour les toilettes, on a l'embarras du choix. Khoa, à qui je demande où je peux trouver le petit coin me répond d'un sourire angélique, "là, partout!"... pour être proche de la nature, on va être proche de la nature, c'est sûr!

Pour la douche en revanche, c'est le grand luxe. C'est ici:

la_douche

Le lambeau bleu fût, au temps jadis, une porte, ou plutôt un rideau de douche. Cette chose permettant de préserver un minimum d'intimité.Comme elle ne préserve plus grand chose, mon mari est réquisitionné d'office pour faire garde du corps...et accessoirement me passer l'eau, parce que l'eau courante...retournez-vous, c'est là:

l_eau_courante

Et c'est juste à côté de ...ça:

ben_mon_cochon

Si, si! d'ailleurs, voyez vous-même! derrière l'enclos, le mur...c'est la douche! Alors là, je vous entends: "oh la la, mais ils sont pas bien d'aller dans des trucs pareils, tout ça..." ne dites pas non, j'ai entendu! Honte sur vous, pauvres erres, qui ne connaîtrez jamais les fou-rires que ces conditions engendrent, qui ne goûterez jamais aux joies simples de se laver à l'eau glacée sous les grognements des cochons qui vous signifient qu'il serait peut-être temps de leur apporter leur frichti!

Une fois propres comme des sous neufs, nous poursuivons la découverte des lieux, et sommes intrigués par une marmite qui cuit dans un four de terre, dégageant une odeur jusque là inconnue, et laissant déborder une mixture qui nous fait redouter le pire.

comment_ca_beurk

D'autant que ça aussi, c'est juste à côté de ...voir au dessus. En fait, il s'agit de l'alcool de riz! Chaque soir, en arrivant chez nos hôtes, nous reconnaîtrons cette odeur. L'alcool de riz est fabriqué pour nous!

Mais une autre odeur, bien plus agréable, vient bientôt chatouiller nos narines et faire gargouiller nos ventres: la vache qui rit, c'est bien, mais ça nourrit pas son randonneur! Et ces apétissantes effluves nous mènent dans la cuisine, où nous retrouvons nos porteurs rencontrés le matin à Cao Bang. Ils préparent le dîner, autour du feu traditionnel.

   la_cuisine   Cuisine

Même monsieur Jap s'est mis au travail! c'est lui qui surveille la cuisson des nems. Dans chacune des maisons traditionnelles, au milieu du plancher de bois est aménagé un enclos bétonné sur lequel on fait le feu. Il sert tout à la fois de chauffage, de cuisinière, et de séchoir à maïs: au dessus, de longues nattes sont suspendues, couvertes d'épis noircis par la fumée. Il n'y a aucune cheminée, mais des ouvertures sur le côté de la maison, cachées de l'extérieur par le toit.

Ce premier repas, avec toute l'équipe réunie, est un souvenir inoubliable, de convivialité, de sympathie, et de bonheur, tout simplement.

repas_chez_m

Mais attaquer directement le repas à l'alcool de riz...c'est rude! surtout quand on ne tient pas l'alcool et qu'il est très mal poli de refuser! finalement, puisque c'est comme ça qu'il convient de faire...tchouk suk khoè!

Nous découvrons des plats raffinés et délicieusement parfumés, des herbes fraîches au goût subtile: la réputation de la cuisine vietnamienne n'est pas une légende!

Fatigués par cette première journée de marche, nous nous couchons à 21h15. Après nous avoir souhaité une bonne nuit, et que nous la lui ayions souhaitée bonne à notre tour, il ajoute "oh moi, je vais bien dormir, mais vous je sais pas, parce que je ronfle"...

Comme nous dormons dans la même pièce, sur de fins matelas posés sur des nattes, elles-même posées à même le sol, c'est sûr, on va bien dormir! d'ailleurs, le temps de coincer les moustiquaires, le concert est déjà commencé!

Posté par neferka à 22:10 - Pas à pas - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1