Des confins du Tonkin au Delta du Mekong

Un carnet de voyage et d'images, pour garder vivant le souvenir de notre séjour au Vietnam, et partager les sourires des enfants et les paysages à couper le souffle. Et pourquoi pas vous donner envie de découvrir à votre tour les mystères d'Indochine?

07 mai 2008

Le rêve est devenu réalité

Ce voyage, j'en rêvais depuis si longtemps...

Je l'ai nourri, pendant des années, de lectures, de documentaires, de récits, de photos... Je lui donnais corps, à ce pays lointain. Je l'imaginais, mystérieux, caché dans la brume, au coeur de la baie d'Halong.
Comme vous, sans doute, j'ai vu des films, comme Indochine, ou L'amant, qui lui ont donné une touche romantisme. Et puis j'ai lu Marguerite Duras. En finissant chacune de mes lectures, je fermais les yeux, dans l'espoir de me réveiller là-bas.

Et puis un jour, j'ai voulu donner vie à ce rêve, connaître le bruit des villes, les couleurs des rizières, le parfum de cette terre lointaine.

Nous sommes partis entre le 7 et le 21 avril 2008, pour un voyage à deux, loin du tourisme de masse et de sa boulimie d'images toutes faites. Pendant 6 jours, nous avons marché, de village en village, franchissant les montagnes de calcaire, traversant les rizières. Nous avons dormi chez l'habitant, partageant leurs conditions de vie sommaires, parenthèse de vérité dans nos vies trépidantes d'occidentaux blasés.

Nous avons navigué en mer de Chine, à la découverte de la 8° merveille du monde.

Nous avons flâné sur les marchés d'Hanoi, découvert la cité interdite d'Hué, goûté à la douceur de vivre du Delta du Mékong, et marché sur les traces de ces français bâtisseurs à Ho Chi Minh Ville.

C'est ce récit que j'entame aujourd'hui...

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09 mai 2008

Pour plus de lisibilité

Pour une meilleure compréhension, j'ai choisi de faire apparaître chaque chapitre, du plus ancien au plus récent, comme dans un carnet de voyage classique. Je n'aimais pas l'idée que l'on puisse découvrir ce blog, et commencer sa lecture par la fin! Cette petite parenthèse refermée, il est tant de nous envoler...

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Le départ

Tout d'abord, il faut dire que le Vietnam est une destination lointaine... certes, voilà une belle lapalissade, mais le voyage en lui-même est déjà une aventure, lorsqu'on a pas la chance d'avoir un aéroport international près de chez soi !

Nous avons choisi un vol de nuit, pour plus de confort, mais 13 heures de vol en classe éco, c’est long ! Notre vol n’est pas direct. C’est un choix de notre organisateur. J’avoue que je n’étais pas enchantée à l’idée de ce changement à Hong Kong, d’autant qu’à l’aller, nous n’avions qu’une heure d’escale, mais nous avons fait confiance à l’équipe. Finalement, tout s’est bien passé, et nous sommes arrivés le 8 avril à Hanoi.

   Le temps était brumeux, saturé d’humidité, et très chaud.

arrivee_copie

Khoa, qui sera notre guide pour toute la partie nord, nous attend et se charge pour nous de l'obtention de nos visas: il est en effet préférable de prendre son visa sur place, plutôt que d'en faire la demande à l'ambassade à Paris. Il suffit pour ça de demander une invitation à l'organisateur vietnamien de votre séjour. Tout se fait par e-mail. On envoie l'état civil exact des participants, les dates du voyage ainsi que les numéros de passeport. On reçoit quelques jours plus tard, toujours par e-mail, un document officiel du ministère du tourisme vietnamien, en format PDF, qu'il nous suffit alors d'imprimer. Il nous sert de sésame pour embarquer. A l'arrivée, il ne reste plus qu'à payer les 60 euros par personne de frais de visa, et de faire tamponner son passeport.

Pendant que nous attendons Khoa, nous assistons au rassemblement d'un groupe de touristes français, sous les hèlements désespérés d'une jeune guide, à qui nous souhaitons en pensée bon courage! Nous nous félicitons alors d'avoir fait le choix de voyager à deux: marcher à 30, sur les chemins de ce pays, qui invite tant à la méditation m'apparaît alors comme une hérésie...mais il en faut pour tous les goûts!

Nous nous acquittons sans problèmes des formalités douanières et profitons de la disponibilité du bureau de change pour acheter des VN Dongs. Au 8 avril 2008, un euro s’échangeait pour environ 25 000 Dongs. Enfin, nous nous mettons à l’heure vietnamienne, en avançant nos montres de 5 heures. (une heure de moins qu’à Hong Kong)

Nous sortons enfin de l’aéroport et nous prenons place dans la voiture mise à notre disposition, tout en faisant connaissance de notre chauffeur, Thâi N’Guyen.

J’ouvre grands les yeux pendant tout le trajet qui nous conduit à notre Hôtel. Cette première prise de contact avec le pays est souvent riche en émotions. Bien sûr, ce qui surprend au début, c’est l’anarchie relative de la circulation routière : ici plus qu’ailleurs, les anges gardiens des cyclomotoristes sont sur-entraînés ! L’usage du klaxon est roi, et signifie des tas de choses, selon la situation : pousse-toi, bouge pas, j’arrive, attention… mais il faut admettre qu’à force, ça n’émeut plus grand monde.

Ici, comme dans tous les pays où le terrain est très cher, l’architecture est typique : les maisons sont étroites et hautes : encombrement minimum au sol, et surface habitable maximum.

Nous traversons le fleuve rouge, anormalement bas pour la saison. En amont, des bateaux sont bloqués, faute de profondeur. Ici comme ailleurs, le bouleversement climatique se fait sentir.fleuve_rouge_copie      maisons

maison_2

Notre hôtel est situé dans le vieux quartier de Hanoi, là où les rues portaient le nom des corporations qui y travaillaient, au début du siècle dernier. Je dois dire que je m’étais préparée au pire, concernant l’hébergement. Ce que j’avais lu, ça et là, était peu engageant. J’ai donc été très surprise par la qualité des hôtels vietnamiens, par leur propreté et la qualité du service.

C’est donc à l’hôtel Hong Gnoc, rue Luong Van Can, que nous avons enfin posé nos valises…euh, nos sacs à dos !

Nous prenons une douche vite fait, parce que la fatigue n’a pas raison de notre curiosité, de notre soif de découverte.

Munis d’un plan de la ville comme fil d’Ariane, et de quelques conseils de Khoa, nous partons à la découverte de la cité pétaradante.

      

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14 mai 2008

Un après-midi à Hanoi

Le plus difficile, au début, est peut-être d’oser se faufiler dans la circulation : traverser une rue est une véritable expédition. Difficile aussi, l’adaptation à la chaleur ! il faut dire que la transition est de taille : nous avons quitté Paris sous la neige, et 30° nous pèsent à présent sur les épaules. Mais bon, on est pas des chochottes ! Une bouteille d’eau, le plan ; à nous, Hanoi !

Depuis le temps que j’en rêvais, j’ai déjà repéré la rue de la soie. Elle est à deux pas de l’hôtel, et elle descend tout droit vers le lac : parfait !

Nourrie de mes lectures, je l’ai plus fantasmée que rêvée cette rue… et la voilà :

rue_de_la_soie_copie

Oui, je vous le concède, elle a considérablement perdu de son charme mythique. Mais contrairement aux apparences, elle est toujours bordée de tailleurs et marchands de soieries. En quelques heures, il est possible de se faire tailler sur mesure un  ao dai (prononcer ao Zaï) ou un costume…mais attention ! Khoa nous a prévenu : ici, ils ont tendance à vous faire prendre les vessies pour les lanternes  . Il aime beaucoup cette expression française, avec laquelle il a eu beaucoup de mal, lors de son apprentissage de notre langue. Heureusement que les vendeurs de « soie synthétique » sont là : il peut l’amortir, cette maudite expression !

Oui, d’accord, j’y reviens ! je vous entends protester ! mais qu’est-ce que c’est que ça, un ao dai ??? j’y viens ! un ao dai est la tenue traditionnelle des femmes vietnamiennes. C’est une longue tunique de soie à manches longues, fendue de chaque côté, à partir de la taille, et qui se porte sur un pantalon ample.

Nous venons d’arriver, un trek nous attend : pas question de s’aventurer dans les boutiques pour l’instant !

Nous filons vers le lac. Je suis un peu déçue par la lumière, qui m’empêche de prendre de belles photos. Il y a tant de brume ! L’endroit n’en est pas moins ravissant, et il règne ici une vrai douceur de vivre.

    

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On croise souvent des femmes, coiffées du chapeau conique, portant leur palanche chargée de fruits. C’est ainsi qu’on peut acheter pour trois fois rien de petits ananas, prêts à être dégustés, sur de petits piques en bois.

Nous faisons un petit tour à la poste, pour acheter les timbres pour les indispensables cartes postales…

Nous flânons, heureux d’être là, savourant l’instant, tout simplement.

Nous jetons un œil sur le plan, et nous nous dirigeons vers la cathédrale. J’avoue avoir été surprise de voir à quel point la religion catholique était encore très présente au Vietnam. Surtout, à quel point les vietnamiens étaient libres de pratiquer leur culte, quel qu’il soit.

cath_drale_d_Hanoi_copie

Cette grande bâtisse de l’ère coloniale est un peu austère de l’extérieur…et nous n’aurons pas la chance d’en visiter l’intérieur, elle est fermée.

Nous décidons de nous perdre, en marchant au gré de nos envies, et finalement, nous faisons une pause dans un café…pour boire une bière. Le français a presque disparu au Vietnam, mais quelques mots subsistent dans le vocabulaire courant. C’est le cas pour le café, souvent écrit Ka Fé, ou encore Cà Phe, pour veston aussi. Oui, je sais, ça n’a rien à voir, mais je m’en souviens, alors je vous le dis ! d’ailleurs, si je me rappelle d’autres mots, je vous les donnerai comme ça, quand ils me reviendront…

Au hasard de nos pas, nous arrivons sur un petit marché. La chaleur est étouffante aux heures les plus chaudes de l’après-midi, et les clients ne se bousculent pas…certains en profitent…

march__d_Hanoi_4_copie

Le mélange des odeurs est parfois éprouvant. L’une, particulièrement, que nous ne parvenons pas à identifier mais qui est franchement désagréable. Ici, la viande de porc, abats compris, s’étale sans aucun moyen de réfrigération ;

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là, ce sont des poissons vivants, qui tournent en rond dans une bassine ;

poissons

là encore, ce sont des poissons séchés, qui pendent à des fils.

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Des femmes vendent des bols de soupe très appétissants, que les gens consomment sur place, assis sur de petites chaises en plastique.

Nous déambulons dans les allées, fascinés par ce spectacle bigarré. Nous ferons au moins trois fois le tour de ce marché, sous les yeux amusés des marchands qui nous voient si curieux de ce qui est leur quotidien.

Au coin des rues, des femmes vendent des pains "français". En fait, ils en ont vraiment l'aspect, mais pas tout à fait le goût: un peu de farine de riz est mélangée à la farine de blé. La mie est beaucoup plus aérée, plus légère.

marchande_de_pain_copie

Nous revenons vers le lac, pour mieux nous repérer dans ce dédale de rues, avant de rentrer à l’hôtel : nous avons rendez-vous avec Khoa et notre chauffeur, pour aller dîner dans un restaurant un peu particulier. Les cuisiniers et les serveurs de ce restaurants sont tous des élèves de l’école Hoa Sùa, qui forment ces jeunes gens issus de famille pauvres du Vietnam. L’école a été créée par des français. C’est un bel endroit, dans un quartier calme de la ville, qui semble très prisé. Nous y avons d’ailleurs fait un excellent repas. Si le cœur vous en dit, vous pouvez visiter le site de cette école : http://hoasuaschool.com

C'est aussi pour ce genre de choix que nous sommes fidèles à notre voyagiste: pour son engagement pour un tourisme responsable et humain.

Pour notre premier jour en terre asiatique, nous n’avons pas lézardé ! il est plus que temps d’aller dormir : demain, une longue route nous attend, qui nous conduira au départ de notre trek…

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15 mai 2008

Départ pour Cao Bang

Contre toute attente, et malgré le décalage horaire, nous avons dormi comme des bébés. La chambre était vraiment très confortable. Il nous faut refermer nos sacs et partir tôt: ce matin, nous prenons la route pour Cao Bang, où nous passerons la nuit prochaine.

Borne

Ne vous fiez pas au kilométrage indiqué sur la borne! je l'ai photographiée bien après notre départ. 7 heures de route nous attendent en réalité.
Cette journée est donc une journée de transition: nous ne randonnerons pas, mais nous quittons la ville pour le nord. Très vite, le paysage change: les rizières s'étendent à perte de vue, peuplées de silhouettes courbées.

1__rizieres

Je suis impressionnée par le courage de ces gens, qui du matin jusqu'au soir, travaillent la terre sans relâche. Jamais, durant tout notre séjour, nous ne surprendrons la moindre herbe folle dans les champs.

travail_de_la_terre

Nous traversons la bourgade de Thai Nguyên, où nous nous arrêtons pour boire un thé vert cultivé localement. Je me réjouis à l'idée de goûter un vrai thé vert "frais"...je ne vais pas être déçue! comment dire?...spécial. Oui, c'est ça. C'est très spécial. D'abord, au nez: je ne saurais vraiment définir l'odeur du breuvage en question, à mi-chemin entre du jus d'artichaut et d'épinards. Je ne crois pas si bien dire, car Khoa nous apprend que dans la région, les infusions d'artichaut sont très utilisées comme remède...mais en l'occurence, c'est bien du thé, mais alors très, très vert! Finalement, on se fait à tout, et à force d'en boire, nous finirons par nous habituer.

Après Thai Nguyên, la route s'élève vers le col de Cao Lac. Nous quittons la plaine, à population vietnamienne, pour entrer en pays Thô, en territoire frontalier.

      sur_la_route_de_Cao_Bang     sur_la_route_de_Cao_Bang_2

Nous retrouvons un peu la brume, mais elle donne ici au paysage un charme mystérieux.

1__brumes

Derrière la vitre de la voiture, j'observe la nature qui défile, et je n'en finis pas de l'admirer. D'ailleurs, je remercie ici notre chauffeur pour sa patience et sa gentillesse: à chaque fois qu'il m'entendait dire "oh! regarde...!", il s'arrêtait pour que je puisse aller voir de plus près ce qui m'avait tant intéressée...autant dire que nous nous arrêtions souvent! Finalement, j'en suis arrivée à la conclusion suivante: il vaut mieux que je ne voyage pas en groupe, c'est sûr! je serais un véritable boulet et je risquerais de me faire jeter dans le premier ravin venu. Notez que j'en suis consciente!

Et là, depuis quelques kilomètres, je vois au bord de la route, des bâtisses en briques, et des rangées de je ne sais quoi, bien alignées tout autour. Des nattes les habritent. Finalement, je n'y tiens plus et je finis par demander ce que c'est...nouvel arrêt.

briquerie

Il s'agit justement de briqueries! Et sous les nattes sèchent...des briques. C'est bien, vous suivez.

Dans un village où nous nous arrêtons, je constate avec suprise que pour la première fois depuis que nous voyageons dans le monde, on nous regarde avec curiosité. Bien sûr, le Vietnam s'ouvre au tourisme, de façon d'ailleurs assez impressionnante dans certaines régions, nous en reparlerons, mais depuis que nous avons quitté Hanoi, nous n'avons pas encore croisé un occidental. Habituellement, il faut bien l'avouer, nous, pauvres touristes, avons tendance à dévisager avec insistance les autochtones des pays que nous visitons. Ici, nous le sommes tout autant. Certaines femmes n'hésitent pas à venir me toucher en riant...des fois que je ne sois pas vraie...et j'aime beaucoup ces échanges. Car il s'agit bien d'échanges. Malgré la barrière de la langue, nous parvenons à communiquer: le sourire est un langage universel.

Alors que d'en d'autres pays, corrompus par le tourisme de masse, certains demandent rétribution pour se faire photographier, ici, les gens viennent à notre rencontre, et sont très heureux de poser pour nous. D'ailleurs, j'apprendrai très vite à ne blesser personne: je me suis aperçue que les plus timides, n'osant pas demander une photo, étaient tristes de ne pas être choisis comme modèles! A chaque fois, je prenais le temps de leur montrer la photo sur l'écran numérique et ils étaient ravis.

J'éclairerai mon récit de leurs sourires...ou de leurs bouilles boudeuses!

1__rencontres

Khoa désespère d'arriver à temps à Cao Bang pour visiter le marché...il n'a pas vraiment tort! Lorsque nous arrivons, nous sommes entre chien et loup et nous découvrons que la ville n'a pas d'électricité: l'unique centrale électrique du pays ne suffit pas à éclairer tout le pays. Qu'à cela ne tienne: on se la partage! et donc, régulièrement, des villes sont plongées plusieurs heures durant dans l'obscurité, sans que personne ne proteste ( la même chose en France...!!!) Seuls les hotels sont équipés de générateurs.

Nous déposons vite fait nos bagages à l'hotel Thanh Loan (je ferai un chapitre "références" pour les éventuels routards) et nous filons au marché jusqu'à la nuit.

        march__du_soir     march__du_soir_2

En soirée, nous allons dîner dans un petit restaurant très typique, où nous serons les seuls occidentaux, jusqu'à l'arrivée d'un français, professeur à l'université, spécialiste de la guerre d'Indochine. Il est là avec son guide, et il retourne une n'ième fois sur les lieux des combats. Au passage, ses talents d'orateur décuplés par la bière d'Hanoi mélangé à l'alcool de riz, il nous fait un cours d'histoire, très intéressant au demeurant.

Très heureux d'avoir un auditoire attentif, mais néanmoins au bord de l'endormissement, on arrive plus à l'arrêter. C'est Khoa qui nous sauve, en lui coupant la parole pour lui dire que nous aurions l'occasion de voir tout ça, puisque c'était précisément l'itinéraire de notre trek. A ce mot, le monsieur a comme un bug, il bafouille. "vous allez faire tout ça à pieds???!!!"  ben tiens! un peu, qu'on va le faire! "pas à Coc Xa! c'est pas possible d'y aller à pieds"  Coc Xa aussi! achevé le bonhomme! une bière pour le monsieur siouplait!

Nous prenons congés en disant merci, on est quand même poli!, et Alain Decaux nous dit au revoir et " ben mon vieux, bon courage, hein!"

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22 mai 2008

En route pour l'aventure

Cette fois, c'est parti! Enfin, en douceur: ce premier jour de marche sera plus une mise en jambes qu'un réel trek.

Hier soir, en entrant dans la chambre, heureuse d'aller me jeter dans les bras de Morphée, j'ai allumé la lumière. (oui, vous avez vu, entre temps, elle est revenue!) Mais j'aurais pas dû! Parce que du coup, je l'ai vu! Il a dû me voir aussi, parce que lui, il s'est planqué derrière le caisson de la clim'...lui, c'était un géko. Oh, il était pas bien gros! mais il était pas beau. Et puis moi, je partage pas ma chambre avec un géko. Alors Morphée s'en est allé enlacer d'autres candidats au sommeil, me laissant seule, avec mes tongs pour seules armes. Seule, parce que mon mari, lui, est déjà couché, et il me regarde d'un air amusé, me répétant que les petites bêtes mangent pas les grosses...

De toute évidence, le géko en question n'est pas décidé à quitter son caisson, et je finis par me coucher à mon tour, en me planquant sous les draps jusqu'aux oreilles. A peine la lumière éteinte, le voilà qui me nargue en faisant un bruit...pas facile à reproduire ici, mais qui faisait en gros "tac, tac, tac"! Riez, riez! on voit que vous n'y étiez pas!

Mon mari renonce à me répéter que les petites bêtes...etc, sous la menace de se retrouver sur le balcon. Je lance alors une battue, munie de ma lampe frontale, sans plus de succès. Alors que j'allais m'endormir, je sursaute, surprise par le cri qui s'est considérablement rapproché! Et là, à la lueur de ma Petzl, je le vois juste au dessus de moi. J'envisage un temps d'aller dormir dans la baignoire mais bon...faut pas pousser quand même! Homme viril prend les choses en mains, ouvre la fenêtre et tente de faire sortir l'intrus à coups de tong. Après avoir failli envoyer la tong par la fenêtre, et bien réussi à faire rentrer le géko de plus belle, j'abdique définitivement.

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Bref, ce matin, debout à 6h30, après une courte nuit agitée. La bête a disparu. A nouveau, il faut refermer les sacs. Après un petit déjeuner composé de pain et de confiture, nous sortons de l'hotel pour aller au marché. On entend déjà une grande agitation. Le départ est prévu pour 9h00. Juste à côté de l'hotel, dans un petit établissement entièrement ouvert, une femme prépare des galettes de riz, des oeufs, des légumes, des soupes, en guise de petits déjeuners.

Le marché de Cao Bang est en deux parties: l'une en plein air, au bord de la rivière, l'autre couverte.

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Dans le marché couvert règne cette même odeur désagréable que nous n'arrivons pas plus à identifier. Je préfère donc me promener à l'air libre. Pas évident de regarder partout, tout en faisant attention aux scooters, qui se faufilent dans la foule. Les marchandises sont souvent posées à même le sol, ou sur des nattes, et il faut prendre garde de ne rien écraser.

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Nous découvrons des tas de légumes, d'herbes diverses et variées. Pour la première fois, nous rencontrons des femmes issues des ethnies minoritaires du Nord. On les reconnait à leurs vêtements, comme cette femme à la jupe noire et à la coiffe caractéristique des M'hongs. Là, c'est la canne à sucre qu'on est venu vendre.

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Là, ce sont les pousses de bambou, l'ail, les oignons, les ananas et d'autres légumes.

Un coup d'oeil à la montre, et nous nous apercevons qu'il est temps de retourner à l'hotel: il est bientôt 9 heures, et nous avons encore 2 heures de route à parcourir avant d'arriver à Ta Lùng, point de départ de notre parcours. Nous faisons notre provision d'eau et sommes à l'heure au rendez-vous. Nos bagages sont déjà chargés sur les mobylettes de nos porteurs/cuisiniers, qui se mettent en route tout de suite. Khoa nous présente alors notre agent de liaison...comment vous expliquer tout en restant politiquement correcte?...disons que ce monsieur est un fonctionnaire, chargé de nous accompagner tout au long de notre chemin, pour veiller à notre sécurité...rigolez pas, les attaques de moustiques, ça arrive! Mr Jap. J'écorche sûrement l'orthographe de son nom, mais je l'écris comme il se prononce.

Mr Jap s'installe donc à l'avant du 4X4 et ne décroche pas une parole pendant tout le chemin...lui, c'est sûr, c'est pas un rigolo! Mais on ne va tout de même pas se laisser impressionner par quelqu'un qui est chargé de notre sécurité! déjà qu'on ne se sentait pas trop menacé, là, on est carrément détendu!

Arrivés à Ta Lùng, Thai N'Guyen nous dépose, décharge nos sacs et nous donne rendez-vous à dimanche soir. Nous ne portons que nos affaires de la journée: un sac de 5-6 kg de matériel photo pour René, et à peu près autant pour moi, avec l'eau, les vêtements de pluie et quelques bricoles de première urgence.

Nous traversons le village, entouré de rizières, traversons un pont qui enjambe une rivière qui s'en va faire une boucle en Chine avant de revenir au Vietnam.

Pont

Je ne sais pas s'il tombe quelques gouttes de pluie, ou bien si c'est la brume, mais une chose est sûre: il fait humide! Nous marchons à peine depuis 1/2 heure (avec quelques pauses photos), et je réalise que Mr Jap a mis le turbo et qu'il nous a largués, abandonnés à notre sort d'étrangers potentiellement en danger...en danger immédiat de ne pas trouver leur chemin, parce que Khoa semble hésiter sur la direction à prendre...quelques mots échangés avec des villageois le renseignent sur celui qu'a empreinté notre garde du corps. Bon, autant le mettre tout de suite au pas, s'il croit qu'on va accélérer le nôtre, il va être déçu! Je vous l'ai dit, je suis un boulet! Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de voyager dans de pareilles conditions, et j'ai bien l'intention de goûter chaque instant, et pas au pas de charge, n'en déplaise à Mr Jap! Et puis, il est si beau ce village! Les habitants sortent des maisons, viennent nous voir, comme des curiosités exotiques, et posent à Khoa des tas de questions. Ce qui semble les surprendre, outre la blancheur de ma peau, c'est notre taille: ils s'amusent à se mesurer à nous. En ce premier jour, je n'osais pas encore trop les photographier, je ne savais pas encore qu'ils n'espéraient que cela!

  1__village

Depuis le départ, j'entends au loin un bruit strident qui m'intrigue. Je n'ai jamais rien entendu de pareil: il s'agit de cigales! Mais rien à voir avec nos p'tites cigales d'opérette! celles-là font un vacarme assourdissant et nous nous dirigeons tout droit vers elles: elles sont dans la montagne.

Pour l'heure, nous quittons le village et ses dernières habitations.

      Ta_L_ng    sur_la_route_de_Ta_L_ng

    Après cette longue partie plate, nous commençons une première montée sur des sentiers étroits et parfumés. La végétation est luxuriante, exhubérante et généreuse. Je me rappelle de ma frustration, lors d'un voyage aux Antilles, en découvrant que les fleurs, si belles furent-elles, ne sentaient absolument rien. Là, c'est tout le contraire. C'est toute la montagne qui exhale un parfum léger et suave, proche de celui du jasmin.

    fleur   fleurs_2

fleurs_3

Les montagnes du Vietnam ne ressemblent pas à celles de Alpes: elles ont la forme de pains de sucre, semblables à celles qui jaillissent de l'eau dans la baie d'Halong. Ce sont des montagnes de calcaire, entièrement recouverte par la végétation. Lorsqu'on regarde en perspective cette succession de monts et de vallées, où l'on ne distingue pas le moindre sentier, on comprend alors que cette région est un véritable labyrinthe.

Après avoir passé un premier col, nous traversons un replat cultivé, où nous croisons de petits chevaux, chargés de troncs d'arbres fraîchement coupés en amont. La réglementation est très stricte sur la coupe du bois: ces dernières années, les essences précieuses ont fait l'objet d'un pillage qui a fait craindre leur disparition.

chevaux

Sachant d'où l'on vient, et les difficultés pour arriver jusque là, il nous paraît incroyable que cet endroit puisse être cultivé. Ici, il s'agit de maïs. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises: au Vietnam, la moindre parcelle de terre cultivable est exploitée.

Vers midi, nous arrivons en haut d'un col et nous faisons une pause pic-nic. Mr Jap nous tourne le dos pour manger son repas, composé de salades et plats cuisinés. Nous nous contentons de thon en boîte, de quelques biscuits salés, de pain et... de vache qui rit! on la trouve partout, cette bonne vieille vache qui rit! Et le comble, c'est que nous en mangeons à chacun de nos voyages, alors que nous n'en achetons jamais en France...

Nous reprenons notre chemin, qui descend en pente raide,

on_est_bien_petit

et nous arrivons à un petit hameau où nous rencontrons une famille, dans une maison traditionnelle.

rencontre_avec_une_famille

La suite de la journée est fort agréable, le temps se stabilise, le baromètre est formel. Nous arrivons à un village où nous devions passer la nuit, mais nous poursuivons pour basculer dans une autre vallée et arriver à Bam La.

Lorsque nous arrivons , nous comprenons tout le sens du mot cuvette, qui revient souvent dans le vocabulaire pour décrire les régions où se sont déroulés les combats pendant la guerre: le village se situe au pied d'une montagne, et il est entouré de montagnes! au milieu, des champs, à perte de vue.

     arrivee_au_village   epandage_d_engrais

Cet endroit est très instructif sur le travail des rizières: ici, elles sont en partie asséchées, pour permettre le repiquage. Selon les parcelles, on peut en voir étape par étape, le processus.

   travail_des_rizieres   herse

La machine n'a pas la place dans les rizières: la récolte est le fruit du travail des Hommes et du buffle. C'est lui qui retourne la terre gorgée d'eau, avec une charrue en bois. Lui encore, mais pas toujours, comme on peut le voir ci-dessus, qui passe la herse. Ce sont souvent les femmes qui repiquent les jeunes pousses. Reste alors à briser les petites digues pour inonder les champs.

   riz_seme   repiquage

du_vert

Il est encore tôt et nous décidons de nous poser un moment sur un coin d'herbe. C'est alors que contre toute attente, monsieur Jap se déride(sans mauvais jeu de mot: si j'avais voulu, j'aurais écrit "débride"). Nous avons du réussir un examen de passage dont les conditions étaient connues de lui seul! Pour ma part, j'avais le sentiment, au départ, qu'il avait un préjugé négatif sur ces deux français qui s'offraient les services de toute une équipe pour eux seuls. Il devait s'attendre à nous voir nous comporter comme des "colons". Alors bien sûr, après une journée de mise à l'épreuve, il a du être rassuré. D'ailleurs, je découvre, ravie, qu'il peut même sourire! ça s'arrose! ...oui, mais on a rien à boire! on a pas non plus de calumet de la paix sous la main... pas grave, on va partager des barres de céréales aux cramberries! Le geste fait son effet, et il ouvre son sac pour nous offrir des petits bonbons au miel et graines de sésame. L'ambiance se détend enfin. Non pas qu'elle était tendue: avec Khoa, nous nous sommes tout de suite très bien entendus, mais quitte à être escortés, autant l'être dans la bonne humeur!

Le voilà même qui me tend quelque chose...qu'est-ce que c'est que ça?! un médicament?...non?!

grosse_bebete

SI! sauf que lui, il ne le sait pas encore. Parce que s'il le savait, il se servirait de toutes ses pattes et il filerait à l'anglaise, au lieu de se mettre en boule! Parce qu'il s'agit en fait d'un insecte, long d'environ 2 centimètres et dont la carapace le protège de tout, sauf du pilon de monsieur Jap, qui compte bien l'utiliser pour faire un remède contre les articulations douloureuses...ça tombe bien, j'ai mal nulle part!

Khoa nous parle de cette région, et des combats qui s'y sont déroulés. Dans ce village où nous allons passer la nuit, il reste des témoins de cette époque. Il nous explique que les paysans du nord ont été les derniers à rejoindre les rangs des combattants viets: dans ces régions reculées, où le travail de la terre était la seule préoccupation, on ne voyait pas bien l'intérêt d'aller se battre et perdre sa vie pour une liberté qu'on avait pas forcément le sentiment d'avoir perdu!

Puis il nous demande de lui parler de la France, nous raconte ses études, sa difficulté, au début, à apprendre notre langue. J'en profite pour prendre mes premiers cours de vietnamien. Le temps passe doucement, dans ce paysage magnifique, mais je suis un peu pressée d'arriver au village et de rencontrer notre premier hôte. Et puis la chaleur, cette humidité et les efforts consentis nécessitent un passage à la douche!

Nous reprenons notre chemin, en direction des rizières, que nous allons traverser en marchant sur les digues.

on_arrive

Nous dépassons quelques maisons sur pilotis, avant d'attendre celle de Monsieur Nac.

maison_de_m

Les maisons de cette région sont toutes semblables à celle-ci: elles reposent donc sur des pilotis, les murs sont en torchis et le sol en bois. La terrasse, devant l'entrée, est constituée de fines tiges de bambou. En y faisant mes premiers pas, j'avais l'impression de marcher sur des oeufs. Sous la maison se baladent les animaux, poules, canards, chiens et ... coqs. A côté de chaque maison, on trouve un abri pour le ou les buffles. Il est dit que pour réussir sa vie, un vietnamien doit réussir trois choses: construire une maison, trouver une femme et acheter un buffle...euh, aujourd'hui, en ville, on est pas obligé d'avoir un buffle: trop encombrant sur le balcon. On peut avantageusement le remplacer par un scooter. Mr Nac a réussi sa vie, il a tout cela. Après avoir fait connaissance avec la famille et les enfants du villages, venus en nombre admirer nos visages pâles, nous partons à la découverte des lieux...on va voir si vous suivez: quand j'arrive quelque part, qu'est-ce que je cherche en premier?...mouais, je relève pas les copies pour cette fois. Les toilettes et la douche! Et alors là...pour les toilettes, on a l'embarras du choix. Khoa, à qui je demande où je peux trouver le petit coin me répond d'un sourire angélique, "là, partout!"... pour être proche de la nature, on va être proche de la nature, c'est sûr!

Pour la douche en revanche, c'est le grand luxe. C'est ici:

la_douche

Le lambeau bleu fût, au temps jadis, une porte, ou plutôt un rideau de douche. Cette chose permettant de préserver un minimum d'intimité.Comme elle ne préserve plus grand chose, mon mari est réquisitionné d'office pour faire garde du corps...et accessoirement me passer l'eau, parce que l'eau courante...retournez-vous, c'est là:

l_eau_courante

Et c'est juste à côté de ...ça:

ben_mon_cochon

Si, si! d'ailleurs, voyez vous-même! derrière l'enclos, le mur...c'est la douche! Alors là, je vous entends: "oh la la, mais ils sont pas bien d'aller dans des trucs pareils, tout ça..." ne dites pas non, j'ai entendu! Honte sur vous, pauvres erres, qui ne connaîtrez jamais les fou-rires que ces conditions engendrent, qui ne goûterez jamais aux joies simples de se laver à l'eau glacée sous les grognements des cochons qui vous signifient qu'il serait peut-être temps de leur apporter leur frichti!

Une fois propres comme des sous neufs, nous poursuivons la découverte des lieux, et sommes intrigués par une marmite qui cuit dans un four de terre, dégageant une odeur jusque là inconnue, et laissant déborder une mixture qui nous fait redouter le pire.

comment_ca_beurk

D'autant que ça aussi, c'est juste à côté de ...voir au dessus. En fait, il s'agit de l'alcool de riz! Chaque soir, en arrivant chez nos hôtes, nous reconnaîtrons cette odeur. L'alcool de riz est fabriqué pour nous!

Mais une autre odeur, bien plus agréable, vient bientôt chatouiller nos narines et faire gargouiller nos ventres: la vache qui rit, c'est bien, mais ça nourrit pas son randonneur! Et ces apétissantes effluves nous mènent dans la cuisine, où nous retrouvons nos porteurs rencontrés le matin à Cao Bang. Ils préparent le dîner, autour du feu traditionnel.

   la_cuisine   Cuisine

Même monsieur Jap s'est mis au travail! c'est lui qui surveille la cuisson des nems. Dans chacune des maisons traditionnelles, au milieu du plancher de bois est aménagé un enclos bétonné sur lequel on fait le feu. Il sert tout à la fois de chauffage, de cuisinière, et de séchoir à maïs: au dessus, de longues nattes sont suspendues, couvertes d'épis noircis par la fumée. Il n'y a aucune cheminée, mais des ouvertures sur le côté de la maison, cachées de l'extérieur par le toit.

Ce premier repas, avec toute l'équipe réunie, est un souvenir inoubliable, de convivialité, de sympathie, et de bonheur, tout simplement.

repas_chez_m

Mais attaquer directement le repas à l'alcool de riz...c'est rude! surtout quand on ne tient pas l'alcool et qu'il est très mal poli de refuser! finalement, puisque c'est comme ça qu'il convient de faire...tchouk suk khoè!

Nous découvrons des plats raffinés et délicieusement parfumés, des herbes fraîches au goût subtile: la réputation de la cuisine vietnamienne n'est pas une légende!

Fatigués par cette première journée de marche, nous nous couchons à 21h15. Après nous avoir souhaité une bonne nuit, et que nous la lui ayions souhaitée bonne à notre tour, il ajoute "oh moi, je vais bien dormir, mais vous je sais pas, parce que je ronfle"...

Comme nous dormons dans la même pièce, sur de fins matelas posés sur des nattes, elles-même posées à même le sol, c'est sûr, on va bien dormir! d'ailleurs, le temps de coincer les moustiquaires, le concert est déjà commencé!

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04 juin 2008

De Bam La à Ban Sao

Nous avions prévu le réveil à 7h00, et on ne risquait pas de le manquer:

Khoa ne nous avait pas menti: il ronfle. Pas le petit ronflement léger, qui finit par vous bercer et vous endormir! non, non, le vrai, celui qui vous garde les yeux grands ouverts une bonne partie de la nuit. Mais ça encore, on aurait pu s'y faire... enfin moi surtout. Parce que René, lui, non. Il a maudit  ses boules Quies qu'il n'arrivait pas à garder au fond de ses oreilles. Mais il y avait aussi les grenouilles...et ça, je ne les avais pas prévues du tout! Il faut dire que nous étions entourés de rizières inondées et que déjà le soir, en allant soulager une envie pressante, j'avais failli faire une attaque lorsque l'une d'elles m'était passée sur le pied ... mais de là à imaginer que de si petites bêtes puissent faire autant de rafu!
Et puis au bout de quelques heures, j'ai aussi compris d'où venait le magnifique port de tête des vietnamiens...des nattes! Dormir sur des planches, c'est pittoresque, mais douloureux! Et ce ne sont pas les maigres matelas fournis par notre voyagiste aux familles d'accueil qui adoucissent notre dos. Nous avions bien suivi les conseils de notre fiche technique et nous avions emporté des sacs de couchage...petit couak (le seul) de l'agence: ils n'avaient pas du mettre un pied au Vietnam en avril depuis longtemps! la température nocturne était censée descendre aux alentours de 5° alors qu'elle ne descendait jamais en dessous de 15, et que dans les maisons, la température était d'au moins 25! autant dire que pour tenir dans un sac de couchage, il aurait fallu être très frileux!

Bref, nous commencions à peine à somnoler, vaincus par la fatigue, quand le coq a chanté...il était 4 heures. Et quand un coq chante dans un village, celui du voisin répond, et celui de l'autre voisin répond et...ainsi de suite, jusqu'à ce que vous compreniez que quoi qu'il arrive, c'est mort, vous ne dormirez plus. D'ailleurs, les gens d'ici le savent bien, et nous entendons déjà du monde s'activer autour de la maison. Les cochons aussi, le savent...et braillent...comme des cochons pour réclamer leur petit déjeuner. Pendant que Khoa, royal, dort toujours: chapeau!

Lorsque je sors pour voir le temps qu'il fait, je constate que les travaux des champs ont déjà commencé et que toute la cuvette baigne dans une brume si épaisse que tout semble mouillé comme après la pluie. Ca non plus, je ne l'avais pas prévu...et j'avais oublié de mettre le linge lavé la veille à l'abri. Tant pis! Mais s'habiller avec des vêtements aussi humides, c'est franchement pas agréable!

Nous attendons patiemment l'heure de notre petit déjeuner, en refermant nos sacs, réunissant les quelques affaires éparpillées.

A 9h00, nous entamons notre journée de marche. Nous escaladons une petite butte, derrière la maison, qui nous mène à ce que Khoa appelle une route, et que nous qualifirions plutôt de piste cyclable. Elle a été construite très récemment, et elle change la vie des villageois qui peuvent ainsi se rendre à la bourgade la plus proche en scooter, pour y aller vendre et acheter au marché. Nous l'empruntons sur 3 kilomètres, avant de gravir une rude montée et de rejoindre une autre vallée. Les cigales nous accompagnent toujours de leur cri strident, et je ne parviens toujours pas à les voir, tant elles se fondent admirablement dans la nature.
Mais Khoa a l'oeil bien plus exercé que moi et il en capture une qu'il présente à l'objectif:

cigale

Entre chaque col que nous franchissont, nous traversons des vallées et des villages, où nous surprenons le quotidien des habitants qui suspendent pour un temps leurs activités, curieux comme nous le sommes de l'imprévu, de l'inédit.

Pour la première fois au Vietnam, nous assistons à la récolte de la canne à sucre. Alors que partout ailleurs, on en tire le rhum, ici, elle ne sert qu'à la production de sucre. On trouve aussi, partout au Vietnam, des presses, comme les essoreuses manuelles de nos antiques machines à laver le linge. Ce sont deux cylindres que l'on fait tourner avec une manivelle et qui en font sortir le jus qui est alors vendu au verre.

recolte_canne__a_sucre

Au bout de cette piste, nous apercevons un bâtiment moderne et coloré, et nous entendons des voix d'enfants qui semblent répéter en choeur une leçon. Il s'agit bien de l'école. La porte est ouverte et Khoa nous propose d'aller leur dire bonjour. Nous hésitons un peu, de peur de perturber la classe, mais il entre déjà dans la cour.

     ecole    ecole_2

Je pense qu'il est fier de nous montrer que partout dans le pays, sous l'oeil bienveillant de l'oncle Ho dont le portrait est présent dans chaque école, chaque lycée, le gouvernement permet à tous les enfants, même dans les endroits les plus reculés et les plus pauvres, d'étudier dans de bonnes conditions. Et force est de constater que cette classe n'a rien à envier aux nôtres.

Lorsque nous arrivons, les petits élèves n'osent pas bouger. Ils nous regardent et nous sourient, mais attendent l'autorisation de leur institutrice pour se lever. Alors seulement, tout ce petit monde vient à notre rencontre. Nous échangeons quelques mots mais très vite, notre diversion engendre quelque chahut auquel il convient de mettre un terme...Partout dans le monde, tous les enfants se ressemblent!

Autour de l'école, les rizières occupent l'espace. Je remarque alors une femme, penchée au dessus de l'eau, qui semble ramasser quelque chose: j'apprends à cette occasion que les rizières ne nourrissent pas que par le riz. Elles attirent des escargots par milliers, et chaque jour, les femmes viennent les ramasser, débarrassant les champs des parasites et récoltant au passage une source de protéines non négligeable.

A la sortie du village, en contrebas de la piste, une petite épicerie propose les produits de première nécessité. A notre passage, l'épicière sort de sa boutique et nous interpelle.

epicerie

Elle interroge Khoa, elle veut tout savoir de nous: de quel pays venons-nous, de quel village arrivons-nous, où allons-nous, pourquoi ne sommes-nous que deux, n'est-il pas triste de voyager à deux (?!). Elle veut aussi savoir de quelle ethnie Khoa est-il originaire, et chez qui nous avons passé la nuit... un interrogatoire en règle, incongru et amusant auquel nous nous plions de bonne grâce!...

Allez savoir par quelle relation d'idées, voilà que ce mot "interrogatoire" me rappelle que je ne vous ai pas donné de nouvelles de Mr Jap, notre agent de liaison, qui était sensé nous protéger. Il a finalement jugé au bout d'une journée que nous nous en sortions très bien sans lui et il a décidé qu'il ferait le chemin par les pistes, en scooter, et qu'il nous retrouverait le soir à l'arrivée. Du coup, l'un de nos porteur-cuisinier a cédé sa place et c'est lui qui nous "protège"...sans commentaire.

Nous quittons la piste après les dernières maisons, pour rejoindre un sentier plus sauvage, qui traverse d'abord un endroit ravissant

vers_Danh_Sy

avant de se faufiler au milieu des rizières. Khoa nous apprend à distinguer dans les berges, la différence entre un trou de grnouille et un trou de serpent. Nous n'aurons pas la chance d'apercevoir le moindre reptile: le temps n'est pas propice. En cette saison, les serpents sortent après les grosses pluies, lorsque le soleil revient. Or, il ne pleut pas!

reflet

Nous nous arrêtons vers midi pour déjeuner à Danh Sy, dans la maison d'une famille du village. Cette pause nous fait du bien, et nous savourons toujours avec bohneur les plats qui nous sont servis. Notre adaptation à la nourriture vietnamienne semble surprendre et flatter Khoa et nos cuisiniers. Je me rappelle de leur tête, lorsqu'ils sont arrivés avec un bol de nuoc mam, persuadés que nous ne voudrions jamais y goûter! Lorsqu'ils nous ont vu y tremper nos nems, ils ont d'abord cru que nous ne savions pas ce que c'était. Et lorsque je leur ai dit, entre deux bouchées, que je croyais savoir qu'il s'agissait de jus de poisson pourri, ils sont restés bouche bée.

Il semblerait que nos compatriotes soient moins curieux de découvrir de nouvelles saveurs...ils ne savent pas ce qu'ils perdent! A mon sens, la cuisine fait partie intégrante des charmes d'un voyage...mais il en faut pour tous les goûts!

Danh_Sy   

    

Après le déjeuner, les choses sérieuses commencent.vers_Danh_Sy_2
Le sentier s'élève en direction de la forêt. Un dernier coup d'oeil en arrière permet d'embrasser le paysage avant d'entrer dans ce labyrinthe de végétation. La densité est telle qu'il fait très sombre, alors que le ciel est pourtant clair. J'en ai déjà parlé: l'humidité ambiante donnent aux photos une impression de mauvais temps, ou du moins de temps chaffoin. Mais en toute franchise, nous avons eu énormément de chance jusque là: la météo est clémente, malgré des températures élevées.

entretien_des_digues

Nous zoomons une dernière fois sur les travaux agricoles, avant d'entamer la rude montée qui nous attend.

 

repiquage

        repiquage_2

Cette partie de notre itinéraire sera la seule un peu délicate, nous le savons: le sentier est très étroit et la montagne "transpire". Le taux d'humidité est si fort que l'eau coule des arbres, rendant glissantes les pierres que les feuilles camouflent. La chaleur et l'humidité, conjuguées aux efforts consentis nous fait ruisseler à notre tour. Difficile de reprendre son souffle dans ces conditions. Les pauses sont néanmoins indispensables, si on veut s'imprégner des lieux, car en marchant, il est impossible de garder le nez en l'air, sous peine de se le casser. (le nez) Lorsque le coeur bat trop fort dans les tempes, il est temps de faire quelques photos!

ca_grimpeNotre jeune cuisinier est déprimant d'aisance! Tout comme ses confrères et Mr Jap, il grimpe en sandales de plastique, d'un pas assuré et ferme. A chacun de nos arrêts, il s'enfonce dans la forêt et en ressort avec des bouquets d'herbes qu'il nous cuisinera le soir. La biodiversité est ici très riche. Les plantes semblent pousser à même la roche. Khoa nous fait découvrir les feuilles de caryote, indispensables à la préparation du canard laqué. On découvre certaines plantes endémiques, que vous ne verrez pas ici...non. C'est comme ça, quand je surchauffe, j'ai des absences...et là, j'étais proche de l'ébullition: j'ai donc oublié de faire des photos!

J'aurais pu en rechercher sur la toile, mais je mets un point d'honneur à ne poster que mes propres clichés. Je me rappelle notamment d'une plante au feuillage vert et rouge foncé, qui recouvrait certain rocher. Khoa n'en connaissait pas le nom scientifique, mais celui que les vietnamiens lui ont donné, beaucoup plus poétique: cheveux de fée. Ce nom lui a été donné, parce que lorsqu'il pleut, l'eau ruisselle sur ses tiges souples en filets minces et argentés...bon, je vois que ça vous fait une belle jambe, puisque je n'ai pas d'image à vous donner...faites attention, vous devenez exigeants!

La forêt en été doit être magnifique: partout autour de nous poussent des orchidées qui ne fleuriront qu'à ce moment-là...malheureusement, l'été est aussi la saison des pluies!

foret

La marche est si peu monotone, que nous ne voyons pas le temps passer. lorsque nous arrivons au sommet de cette partie, nous regrettons presque de quitter cet environnement enchanteur. L'autre versant est plus ensoleillé, donc moins humide et moins glissant.

A proximité d'une maison, nous apercevons des ruches, qui diffèrent légèrement des nôtres, "architecturallement" parlant...

ruche

Sur le mur d'un bâtiment publique, dans un petit village, une affiche qui semble tellement anachronique en ces lieux est placardée:

campagne_anti_VIHIl s'agit d'une campagne de prévention contre le virus HIV. Etrange sensation de malaise, en réalisant qu'ici aussi, dans ces coins reculés, la maladie gagne du terrain. D'ailleurs, un peu plus loin, sous un abri qui doit être celui du marché, des jeunes gens sont réunis, oisifs, fumant et buvant plus que de raison. La modernité n'apporte pas le meilleur partout!

La journée est déjà bien avancée lorsque nous atteignons la plaine. Au pied de la montagne que nous venons de franchir, nous nous retournons, pour mesurer à quel point elle paraît infranchissable. Sous nos pieds, voilà plus de 50 ans, des centaines de compatriotes ont perdu la vie: Selon la technique habituelle, ils avaient été repoussés là, sans aucune chance de trouver une issue: tout autour, en haut de chaque colline, les sentinelles viets les attendaient. Beaucoup des français étaient affaiblis, malades, après plusieurs semaines de siège. Peu habitués à marcher dans ces terrains calcaires, ou chaque pierre est coupante comme un rasoir, nombreuses étaient les blessures qui ne cicatrisaient pas, et finissaient par s'infecter. Etrangement, en cet instant, il m'a semblé ressentir très fort la détresse qui était la leur lorsqu'ils sont arrivés là. Beaucoup d'entre eux étaient jeunes, et la plupart ne comprenait pas grand chose aux enjeux de cette guerre, qui, il faut bien le dire, ne suscitait pas grand intérêt chez les métroplolitains! L'Europe se remettait à peine de "sa" guerre, et les français aspiraient à la paix... Les Indochinois à la liberté, à l'indépendance. Et lorsqu'un peuple se soulève, mû par cette soif-là, rien ne peut l'arrêter. Là-bas, des enfants ont connu l'enfer au paradis, avant de mourir, pour rien...c'était là

on_vient_de_la

Mais même dans ces endroits chargés de mémoire douloureuse, Khoa ne pert jamais le sourire. C'est aussi ce qui peut surprendre au Vietnam: voilà un pays qui a plus vécu en temps de guerre qu'en temps de paix. Voilà un pays qui a du affronter des époques plus que difficiles, et aujourd'hui, tout semble effacé, oublié. Alors que sur d'autres continents, le passé colonial n'a toujours pas été digéré, ici, il ne subsiste aucune rancune, aucune amertume. Français et américains sont accueillis avec la même gentillesse, le même dévouement. Comme si tout un peuple avait compris qu'il était inutile de faire résonner dans le présent les douleurs du passé. De cela, je suis admirative.

L'arrivée de notre périple du jour est proche et le terrain est maintenant plat. Nous en profitons pour marcher tranquillement, tout en gardant l'oeil aiguisé du chasseur d'images!
Au pied de ces montagnes, les villageois exploitent les capités naturelles de la roche pour en faire des poulaillers ou des étables.

poulaillers_naturels

La journée de travail s'achève aussi pour les paysans. Les femmes repiquent les dernières pousses de riz et les hommes commencent à rentrer au village.

fin_de_journeeCertains hameaux ressemblent de loins à de petites iles,à des refuges de pirates, au milieu des rizières innondées. Dans cette région, les maisons ne sont plus construites sur pilotis. Leurs murs sont toujours faits de torchis. La maison de notre hôte du jour est située au bout du village. Elle est entourée de champs de maïs et de plantations de choux, pommes de terre et arachides. Tout autour, une allée de béton a été coulée, rendant l'accès à l'intérieur plus propre. En revanche, le sol, à l'intérieur, n'est autre que la terre à l'état brut, rendue extrêmement dure et brillante par le piétinement et les graisses de cuisson.

Le principe de la cuisine est toujours le même: un feu à même le sol.

Pour le reste, c'est le grand luxe: le propriétaire a pu s'offrir un réfrigérateur, semblable à ceux que l'on trouve chez les épiciers: il s'ouvre par le dessus, à l'aide de portes vitrées. Nous buvons notre première boisson fraîche depuis notre départ...c'est dire si nous l'apprécions!

Vous avez remarqué?...je fais des progrès! je ne suis pas encore allée voir les "commodités"!...mais comme je vois que vous vous languissez - mais si, ne dites pas le contraire! - les voilà:

salle_de_bainsEuh...là, c'est la salle de bains. Vous vous en doutiez, n'est-ce pas? je vous fait grâce de la photo des toilettes...parce qu'il y en a!!! si, au bout du jardin, juste à côté de l'abri du mulet! comme il n'y a pas de porte, on peut toujours lui causer si on s'ennuie. Et puis il ne risque pas de vous contrarier: il ne parle pas français! Il n'empêche que nous l'apprécions, ce petits coin d'intimité! très ingénieux en plus!...allez, je vous raconte, ce sera le paragraphe chic: il s'agit d'un bâtiment construit en agglos, dans lequel ont été "aménagés" 3 box, séparés les uns des autres par un cadre en bois sur lequel est tendu un grand sac contenant habituellement la nourriture pour cochons... Il faut monter une marche d'au moins 50 centimètres de haut, et prendre place sur deux planches en bois judicieusement espacées. Un panier contenant de la cendre permet ensuite de cacher ce dont on s'est débarrassé...ah ben je vous l'avais dit! c'est chic!

Et puis bien sûr, comme toujours, on est jamis très loin de...

ben_un_autre_cochon

       

Mais pour dormir, ce soir, c'est le grand luxe! Nous avaons une chambre pour nous seuls! Khoa et les cuisiniers dormirons dans l'autre pièce, qui sert aussi de salle à manger. Une cloison de torchi nous sépare, mais pas de porte. C'est tout de même bien! Peut-être que les ronflements nous paraîtrons moins forts!

chambre_2

Et puis on peut s'éparpiller un peu sans risque d'encombrer!

A l'heure de l'apéritif, des voisins s'invitent et partagent avec nous beignets de crevettes et alcool de riz. Toute la famille se réunit pour partager le repas, délicieux, comme d'habitude. Nous découvrons la saveur des plantes ramassées dans la forêt.

2__soir

La journée a été longue, et l'alcool de riz a raison de nos dernières forces: il est temps d'aller dormir!

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16 juin 2008

Arthemise

J'ai pris du retard dans mon écriture...c'est que je n'avais pas le coeur à sourire.

Arthemise

Elle est partie pour son dernier voyage
Je ne glisserai plus mes doigts dans son pelage
Elle me laisse avec mes tonnes de caresses
Le coeur triste et en détresse

Dien a créé les chats pour que l'homme puisse caresser un tigre
- Victor Hugo
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Posté par neferka à 10:39 - Blabla comme ça - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 juin 2008

Ban Sao- Dong Khê - Pak Huan

Si on exclut les douleurs lombaires qui me réveillaient au moindre mouvement, nous avons passé une très bonne nuit; sans grenouille, sans ronfleur, en silence. Certes le confort est toujours aussi sommaire, mais on finit par s'habituer!

Au petit déjeuner, une surprise nous attend: la maîtresse de maison a cuisiné pour nous des gâteaux de riz gluant... déjà, rien que le nom... mais comme on nous explique qu'il s'agit d'un plat de fête, traditionnellement préparé pour la fête du Têt, pas question de refuser!

ca ressemble un peu à un beignet, parce que c'est frit. Mais un beignet qui craquerait, et duquel coulerait une substance difficilement identifiable, mais qui pourrait faire penser à de la bave d'escargot... à jeun, c'est tout de même un peu rude. Nous remercions, montrons à quel point nous sommes touchés par l'honneur qui nous est fait et nous nous lançons, dans un même geste courageux, l'oeil inquiet...mais finalement, ce n'est pas mauvais du tout! c'est même très bon! enfin, il faut tout de même réussir à faire abstraction de l'aspect pour bien en  apprécier les saveurs. Et puis c'est collant aussi! très! gluant, comme son nom l'indique.

Après ce petit déjeuner copieux, nous nous préparons à entreprendre la montée la plus longue du parcours: il nous faudra 2h30 pour rejoindre le prochain col. Et ce matin, le temps est chaffoin. La brume se transforme en un fin crachin, mais nous décidons de ne pas enfiler nos vêtements de pluie: Dans l'effort, nous serions morts de chaleur!

vers_Dong_KheLorsque nous quittons la maison, la famille est déjà partie travailler aux champs. Seule la mère reste, avec son bébé d'un an. Déjà, tout le monde s'active.

Le sentier est large. C'est un chemin de terre, raviné par les fortes pluies, qui peut, lorsque les conditions sont bonnes, être pratiqué par les motos. Il s'élève en continu et offre pendant longtemps un beau panorama sur la vallée.

Ce secteur est un peu moins sauvage que les jours précédents. Mais bon, ce n'est pas non plus la ville, c'est le moins que l'on puisse dire!

vers_Dong_Khe_2

La végétation est moins dense aussi. Khoa nous montre les plants de galanga. On en utilise les racines, au fort goût de gingembre, pour cuisiner...le chien. Ce n'est pas une légende: dans les montagnes du nord, et dans une moindre mesure dans le reste du pays, on mange encore du chien. Mais pas tous: ce sont toujours des chiens d'une même race. Presque chaque maison dispose d'un chien qui fait partie de la famille, et qui sert de chien de garde. celui-là peut se la couler douce pendant longtemps. Mais on lui fait faire des petits, qui seront ensuite vendus, encore chiots, sur le marché, pour être engraissés et mangés. Khoa sait bien que nous, occidentaux, sommes choqués par ces pratiques, mais il ne comprend pas: au Vietnam, tous les animaux se mangent. Surprenant, quand on sait que la majorité de la population est de culte boudhiste, et que, en théorie, le boudhisme encourage l'alimentation végétarienne! Lorsque le chien de la famille est devenu trop âgé, il est libéré dans la nature, pour être capturé et consommé par d'autres. En revanche, nous n'avons pas vu ici de massacres comme ceux que l'on peut voir en Chine, où les chiens sont ébouillantés encore vivants. Ici, ils sont abattus comme n'importe quel animal de ferme: ils sont égorgés. Désolée de livrer ces détails, mais ils font aussi partie de la culture du pays, et il ne sert à rien de l'occulter.

Ces pratiques semblent toutefois sur le déclin, car le chien est une denrée chère.

Notre escale de midi est prévue à Dong Khê. Pour tous ceux qui se sont un jour intéressés à la guerre d'Indochine, ce nom devrait leur rappeler de funestes souvenirs: en 1950, 5000 français y trouvèrent la mort dans de furieuses batailles contre les troupes d'Ho Chi Mihn.

L'approche est agréable. C'est aujourd'hui une petite ville, toujours située sur la mythique RC4 (route coloniale 4). Bien sûr, elle est située dans une cuvette, et entourée de plantations. Le maïs est ici plus cultivé que le riz.

engraisLa palanche est partout au Vietnnam: elle est utilisée pour transporter toutes sortes de choses. Les fruits et légumes, la viande, les ordures, le bois,  et là, elle sert à porter des seaux contenant probablement du lisier, que la jeune femme épend au pied de chaque plant de maïs.

Même dans cette région plus modernisée, le travail dans les champs reste exclusivement manuel.

Malgré tout, les maisons sont pour la plupart construites en béton, et les équipements sont plus nombreux.

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Mais la lessive se fait toujours à la main, dans la rivière, et elle est affaire de femme, voir d'enfant.

lessive

Notre présence intrigue toujours, et Khoa fera un brin de causette avec les lavandières. Il y a tant de choses à voir et photographier que je ne range pas toujours mon appareil dans son étui: je le garde, accroché au poignet par la dragonne. Il n'est pourtant pas bien gros mais les gens ont l'oeil! Soudain, au moment de traverser une petite rue, un monsieur en scooter s'arrête à ma hauteur, me sourit et me parle ...en vietnamien. Evidemment, je ne comprends rien à ce qu'il me dit, mais il insiste, toujours avec le sourire, en pointant du doigt mon appareil photo. Khoa, hilare, m'annonce que ce monsieur veut tout simplement que je le photographie! Je m'exécute avec plaisir, toujours aussi surprise devant tant de spontanéité et gentillesse.

rencontreComme toujours, je lui montre sur l'écran de l'appareil à quel point il est photogénique, et il repart tout content, en pétaradant...enfin, le scooter, pas lui.

Mais bien sûr, il a fait des envieux! ou plutôt une envieuse: une jeune fille qui a assisté à la scène me fait un petit signe de la main, comme pour me saluer. Elle est plus timide mais je me doute qu'elle a, elle aussi, envie de prendre la pose. Alors bien sûr, je lui fais plaisir. J'ai une pensée émue en la voyant: elle doit avoir à peu près l'âge de ma fille, et je me demande quel est l'avenir qui l'attend. Elle est habillé à l'occidentale. A Dong Khê, la Chine toute proche a inondé les marchés de petits appareils électroniques à deux sous qui diffusent une musique occidentalisée, elle aussi, mais avec un son difficile à supporter pour des oreilles normalement constituées.

rencontre_2Je me demande si ce ne sera pas plus dur, pour cette génération qui s'ouvre à la modernité, d'accepter cette vie simple, loin de la ville et de ses miroirs aux alouettes. La tentation sera sûrement grande, d'aller tenter sa chance. L'état permet, en théorie, aux enfants des campagnes studieux, de poursuivre des études universitaires gratuites...mais les familles ont souvent besoin des bras de leurs enfants pour travailler aux champs! Sans compter qu'ensuite, ces enfants déracinés se retrouvent noyés dans la ville, dans la marée humaine des villes vietnamiennes, et leurs repères volent en éclats. Le travail ne manque pas non plus là-bas: il s'agit de construire, vite! Le prix des terrains de plus en plus chers repoussent dans des banlieues dortoirs un peu sordides, tous ceux qui n'ont pas les moyens de se loger mieux. Alors en voyant ce sourire, je m'interroge sur ce qui serait le mieux pour elle, mais je ne trouve pas la réponse...

Lorsque nous arrivons sur la RC4, qui est l'artère principale, nous découvrons une ville assez triste et austère: pas vraiment une ville fantôme, mais comme un anachronisme. Une trop grande ville au milieu de nulle part, en quelque sorte. La route est mouillée et couverte de boue, sans que nous sachions vraiment pourquoi: s'il est vrai que le temps semble se dégrader peu à peu, il ne pleut pas encore. Il est bientôt l'heure de déjeuner, et Khoa nous propose d'aller faire un tour au marché. Celui là est moins pittoresque que celui de Cao Bang, moins coloré aussi. Les étales de viande de porcs, fraîchement abattus, côtoient  ceux recouverts de marchandises chinoises diverses: chaussures en plastique, jouets, vêtements, le tout étant peu cher mais de piètre qualité. Là encore, on vient à notre rencontre, on nous interpelle. Les femmes, surtout, sont très curieuses...pas de commentaire à ce sujet, merci! Elles veulent savoir si nous sommes mariés, si nous avons des enfants, quel âge nous avons. L'une propose même à mon mari de m'échanger contre elle! Sympa, il décline l'offre... Souvent aussi, les femmes me touchent les bras, et examinent mes mains. Je pense qu'elles doivent se dire que je ne travaille pas beaucoup la terre et même si elles ont raison, je me sens un peu mal à l'aise. Mais tout cela se fait dans une bonne humeur fort agréable.

Sur les trottoirs, des poules attendent d'être chargées sur des scooters pour être vendues.

poules

Elles sont toujours transportées dans ce type de casiers, et on en voit partout, y compris à Hanoi.

L'heure tourne et Khoa nous propose de nous rendre au restaurant: il doit faire ses achats pour la suite de notre treck (repas du soir) et manifestement, il préfère que nous ne soyons pas là...on ne peut pas dire que ça me rassure mais j'occulte très vite ce détail. Il faut dire que le "restaurant" va focaliser toute notre attention!

restau_2Il se situe en haut de la ville, et nos porteurs s'y trouvent déjà. Comme tous les établissements, ils sont ouverts sur la rue. Cela permet un minimum de ventilation. L'intérieur est tellement humide que le carrelage est une vraie patinoire. Il faut essuyer plusieurs fois les tables avant d'y poser quelque chose...mais bon, ça, c'est à nous (nous, et Khoa, nos porteurs...enfin, pas les restaurateurs!) de le faire.

Je ne suis pas ce qu'il convient d'appeler une chochotte...comme me le disait ma grand mère paysane: on engraisse pas les cochons à l'eau claire!...mais là...faut quand même avouer que la barre est placée très haut!

Mais tout se fait dans la transparence! on a même vue plongeante sur la cuisine:

restau_Dong_Khe

Pourtant, comme d'habitude, nous mangerons très bien, et de bon coeur. Mais pour les boissons, nous restons dans les valeurs sûres: bière d'Hanoi et thé vert. (l'eau, c'est pour la marche). Nous acceptons l'alcool de riz traditionnel, mais déclinons poliment la proposition de boissons médicinales. D'ailleurs, moi, rien que de les voir, je vais déjà mieux! c'est dire si c'est pas la peine d'en boire!

   a_la_votre   un_petit_verre_

Mais si vous avez des petits soucis, n'hésitez pas! j'ai bien sûr gardé l'adresse!

Lorsque nous quittons le restaurant, l'orage menace au loin, et le crachin s'invite à nouveau. Nous hésitons encore une fois, mais nous ne sortons toujours pas les vêtements de pluie.

Dong_KheAvant de reprendre le chemin vers Pak Huan, nous nous rendons sur les hauteurs de la ville, pour visiter les maigres vestiges de la base militaire française.

Comme je l'ai déjà dit, les vietnamiens n'ont pas le culte du passé, et les traces des guerres successives ont été pour la plupart effacées. Cependant, l'expension du tourisme, ces dernières années, encourage le gouvernement dans sa volonté de réhabilitation des quelques sites encore exploitables. Dong Khê fait partie de ceux-là. C'est jour de travail sur le chantier, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au rythme où vont les choses, les ouvriers ont du travail pour plusieurs années! Ils ont provisoirement transformé ce bâtiment en cantine et dortoir, et à en juger par le nombre de cadavres de bouteilles, le provisoire risque de durer! Notre présence ne semble pas les émouvoir, et ils continuent tranquillement leur sieste  travail.Dong_Khe_2 Le secteur est truffé de galeries comme celle que l'on voit sur cette photo. Ce camp offrait un point de vue sur tous les monts environnants, mais une fois encore, l'avis des historiens est unanime: des erreurs stratégiques énormes, dues, notamment, à la méconnaissance du terrain de la part des donneurs d'ordres, signeront la fin de la présence française en Indochine. Les conséquences de la chute de Dong Khê ont vraisemblablement conduit au plus grand massacre de l'histoire de la légion étrangère , à Dien Bien Phu. Certains livres, fort intéressants, expliquent très bien la génèse de la défaite. Je donnerai, dans un chapitre consacré, quelques sources qui m'ont été précieuses.

Depuis le fort, on embrasse toute la ville, et on constate alors avec étonnement que la plupart des bâtiments administratifs de l'époque sont toujours là, et qu'ils n'ont pas beaucoup changé!

Il est temps pour nous de reprendre notre marche. Nous traversons à nouveau la ville, devant le restaurant, où nos porteurs sont toujours attablés, et nous prenons la direction de la montagne.

En vous parlant des racines de galanga, je vous ai préparé en douceur à ce qui va suivre...âmes sensibles, ne vous attardez pas sur cette photo.

desolee

En sortant de Dong Khê, nous longeons l'arrière du marché couvert, et dans une bassine, quelque chose m'intrigue. Khoa sait de quoi il s'agit, mais il me laisse m'approcher sans me metttre en garde. Je vous laisse imaginer ma réaction lorsque j'ai compris... J'aurais pu passer mon chemin, et vous épargner cette image, mais c'eût été une forme de censure. En visitant des pays aux coutumes différentes des nôtres, on doit s'attendre à être surpris, souvent, choqué, parfois. Mais c'est à nous de nous adapter, et non l'inverse. Et finalement, je ne regrette pas d'avoir assisté à cette scène de vie quotidienne: j'avoue que jusque là, j'avais tellement en tête des récits de massacres cruels, que je ne pouvais m'empêcher de penser que Khoa nous avait donné une version édulcorée de ce commerce.
Or, la blessure dans le cou de cet animal me prouve qu'il n'avait pas menti.

Un peu secoués par cette vision malgré tout déstabilisante, nous reprenons sans tarder le chemin qui s'élève bientôt au milieu d'une végétation luxuriante.

vers_Pak_Huan

La montée se fait de plus en plus rude, et le ciel de plus en plus bas. Arrivés dans la forêt, nous évoluons dans les nuages. Il fait trop chaud pour enfiler nos panchos: nous ne serions pas mouillés par la brume mais trempés de sueur, ce qui n'est pas franchement plus agréable. Je n'ose vraiment pas me plaindre, car si nos porteurs ont eu jusque là la chance de pouvoir emprunter des pistes avec leur mobylette, notre destination du jour ne leur offre pas cette possibilité. C'est donc à dos d'hommes que nos sacs de voyage (19 kg chacun) ainsi que la nourriture et leurs propres effets personnels seront transportés, à travers la forêt primaire.

Faisons une parenthèse écologique: nous avons assisté, au coeur des forêts, à la déforestation par brulis, en vue de faire des terres cultivables. Ceci se fait avec l'accord du gouvernement, contre toute logique écologique, pour compenser les terres sacrifiées sur l'autel de la construction urbaine. C'est ainsi que l'on peut voir, dans des pentes impossibles, des pousses de maïs pousser sur de la terre encore noircie par le feu. Je ne peux m'empêcher de m'interroger sur les risques de glissements de terrain, lorsque la terre ne sera plus retenue par les racines des arbres.

Mais plus grave encore, pour la biodiversité, la déforestation menace inexorablement la faune locale. Les tigres, encore présents il y a 50 ans, ont pratiquement disparu de la montagne, tout comme certains singes. Malgré toutes nos précautions et toute notre attention, nous n'en verrons aucun durant tout notre parcours. Une fois, nous avons juste entendu un singe, tout près de nous, mais nous ne l'avons pas vu. Il faut dire qu'ils sont très sauvages...

Toutefois,drole_d_oiseau nous faisons tout de même la rencontre avec un drôle d'oiseau, se balançant sur une branche!

Le long du chemin, une femme se repose. En contrebas, des hommes et des femmes défrichent et désherbent. Silhouettes fantomatiques, coiffées du traditionnel chapeau conique et vêtues d'une toile cirée, elles piochent, toute la journée. C'est dire si cette photo m'est précieuse!

Lorsque nous sommes arrivés à sa hauteur et que je l'ai vue, sur son arbre perchée, je lui ai tout de suite demandé si je pouvais la photographier. Elle a accepté sans hésitation, mais elle croyait que je voulais qu'elle descende de l'arbre. Je l'en ai de suite dissuadée, bien sûr, mais elle était très coquette: elle a tenu à remettre de l'ordre dans sa coiffure, à offrir son plus beau sourire.

En arrivant au col, Khoa propose une pause. Il est impossible de s'asseoir sans se tremper les fesses, et notre petite causette avec cette dame nous a reposés. Nous aurions pu poursuivre notre chemin sans nous arrêter, mais par égard pour nos porteurs, nous acceptons de bonne grâce. Nous en profitons pour parler photographie avec Khoa: il nous dit être surpris par le fait que nous ne souhaitions pas particulièrement figurer sur nos clichés, et aussi par le fait que nous prenions tant de photos de paysages. Pour lui, la nature n'a rien d'extraordinaire et ne mérite pas tant d'égards! je lui fais tout de même remarquer que c'est facile pour lui de dire ça, lui qui vit toute l'année dans ce paradis végétal, dans ce véritable théâtre naturel! Il avoue alors ne pas avoir conscience de cette beauté...ça me rend un peu triste, parce que je réalise qu'on est rarement conscient de la valeur des choses, lorsqu'on les a sans cesse sous les yeux...

Mais je réalise aussi une chose: il est vrai que Khoa nous a souvent proposé de nous prendre en photo, mon mari et moi, et que nous avons toujours refusé...je crois qu'il pense que nous avons peur de lui confier nos appareils! alors tout de suite, je lui demande si cette idée lui a effleuré l'esprit et il me le confirme. Je le rassure dans un éclat de rire, et lui promets que nous le laisserons jouer au photographe, peut-être dans la baie d'Halong...je peux déjà vous dire que ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd...

Au même moment, je sens mon téléphone vibrer dans ma poche: ma soeur m'envoie un texto pour savoir si nous sommes toujours en vie (!) et il me vient alors une idée: derrière nous, le blanc des nuages. Je tends le bras et tente un auto-portrait, joue contre jour, avec mon mari...on ne ressemble à rien mais ce n'est pas grave, et hop, je l'envoie en mms à mes filles restées à la maison avec ce simple message: un bisou des nuages.... c'est beau quand même, la technologie, parfois!

Nous basculons enfin dans la vallée de Coc Xa , et la fin du parcours s'effectue sur un sentier qui descend en pente douce. Je suis pressée d'arriver pour enfiler des vêtements secs, et cette fois, j'ai bien le sentiment que nous n'échapperons pas à la pluie. Nous arrivons en fin d'après midi à Pak Huan, qui est en fait un micro-village. Il n'y a là que la maison de notre hôte, et 3 autres maisons, toutes accrochées à la colline. C'est sans conteste l'endroit le plus sauvage que nous ayons vu jusque là! La maison est magnifique, entièrement en bois, et d'une propreté irréprochable. D'un côté, la toiture vient mourir à quelques dizaines de centimètres de la montagne, et de l'autre, elle s'ouvre sur un grand balcon qui surplombe l'étable et la vallée. Sur le côté du balcon, une petite cabane en bois sert de salle de bain. On vide la bassine directement à travers les planches en bois mal jointes...autant dire qu'il vaut mieux ne pas trainer en dessous, sous peine de prendre une bonne douche!

Pak_HuanC'est très spacieux et très pittoresque. Ce soir encore, nous aurons une "chambre" pour nous seuls. Le reste de la famille et notre équipe dormiront non loin de nous, mais nous serons tous séparés par de maigres cloisons de bois. Notre coin à nous s'ouvre sur un autre balcon, qui domine le poulailler et l'alambic à alcool... de maïs! ce soir, nous changeons de breuvage! On a vue directe sur l'avancement de la distillation!

La maison semble vide: le père n'est pas encore rentré des champs. Le village ne doit pas être très loin à pieds d'un autre bourg plus important: la fille de la maison, agée d'une vingtaine d'année, y va étudier chaque jour.

Pak_Huan_2La nuit n'est pas encore prête à tomber et pourtant il fait si sombre que l'ambiance est un brin lugubre. Il faut dire que tout le monde est fatigué! Nous prenons sans attendre une douche à l'eau froide et finalement, nous voilà tous requinqués! Mais pour la première fois depuis notre départ, nous avons un peu froid...il ne faut rien exagérer non plus! froid, en comparaison de la fournaise de ces derniers jours! Comme chaque soir, nous prenons l'apéritif en compagnie de toute l'équipe, puis nous parlons de sujets divers avec Khoa, qui se révèle un garçon fort attachant. Il commence à regretter de ne pas nous accompagner dans la partie sud du pays. La semaine suivante, un groupe de 16 personnes l'attend, et il nous confie que ce n'est pas toujours facile à gérer. Nous sommes nous aussi, un peu déçus, mais nous refusons de nous laisser aller: après tout, cela nous donnera l'occasion de connaître d'autres personnes! Je clos le sujet en lui disant "de toutes façons, je suis sûre que c'est toi le meilleur!" Effet escompté immédiat: il retrouve un sourire béat!

decorations Nous sommes ici en territoire Dao ( si vous avez retenu, vous savez que ça se prononce...Zao!), une autre tribu minoritaire de Nord. Il existe 53 minorités ethniques au Vietnam, et toutes ont leur propre dialecte, incompréhensible pour un vietnamien des villes.

Notre hôte est un homme influent dans la région. Il est chef de plusieurs villages, et a été honoré pour cela par le parti. Comme dans chaque demeure, on trouve en face de la porte d'entrée, dans l'endroit le plus en vue de la maison, l'autel des ancêtres, et juste à côté, on accroche au mur les distinctions honorifiques et autres tableaux d'honneur.

C'est à Pak Huan que nous prenons notre dernier repas avec nos cuisiniers et porteurs, notre dernier repas en montagne. Même si la suite de notre voyage me passionne autant, je serais bien restée quelques jours de plus en forêt! L'ambiance, surchauffée par l'alcool de maïs est très chaleureuse et la nourriture toujours aussi délicieuse. La jeune fille est rentrée aussi et se joint à nous....elle a beaucoup plus d'entrainement que moi dans le Tchouk Suk Khoè! elle y ajoute une note personnelle qui se résume en un mot et que j'écris ici comme il se prononce: "Zô" , et que je vous traduis aussitôt dans notre langue "cul sec!" Elle passe sa soirée à défier tous les hommes, et quand elle les a tous achevés, elle me défie à mon tour...mais je n'ai aucune fierté dans ce domaine, et la nomme vainceur par forfait de l'adversaire....pas folle, la guêpe! les problèmes intestinaux ne m'ont pas encore rattrapée, je n'ai pas l'intention de me rendre malade bêtement!

tchouk_suk_khoe

Ce soir là, nous avons du mal à aller nous coucher mais le lendemain, la route est longue: il faut se lever à 7h00. Un peu grise, je sombre dans un sommeil sans rêve....

Posté par neferka à 14:52 - Pas à pas - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juillet 2008

Pak Han- Coc Xa - Thy Minh- Lang Son

La nuit avait commencé paisiblement, jusqu'à ce que je sois réveillée, par ce que je pensais être le bruit du vent dans les arbres...il s'agissait en fait de la pluie. Oubliés le crachin et les brumes! ici, quand il pleut, c'est comme dans ces films des années 50, quand on a l'impression que quelqu'un tient un jet d'eau grand ouvert devant la caméra!

A ce moment là, je ne m'inquiète pas encore, je me dis que ça finira bien par s'arrêter! Et je finis même par retrouver le sommeil, jusqu'à ce que le coq, qui devait se tenir prêt juste en dessous de nous, se mette à chanter à...3 heures du matin! Tiens, il pleut encore!... Impossible alors de redormir: on papotte doucement, en attendant que tout le monde s'agite. La journée qui nous attend est une des plus pittoresque: nous n'avons que du dénivelé négatif, à travers la forêt primaire, au dessus de Coc Xa. Mais dans la vallée serpente une petite rivière, qu'il nous faudra traverser, à gué, plus d'une trentaine de fois! j'évite de penser à toute cette pluie: elle va bien finir par arriver à la rivière!

Lorsqu'enfin, la maison s'anime, nous prenons la mesure de la journée qui nous attend en regardant dehors! Rien que d'aller faire un tour aux toilettes est une expédition! Comme d'habitude, elles se situent dans une cabane en bois....mais comme ici, tout est construit à flanc de colline, et que le sol est saturé d'eau, c'est très...très glissant! J'envoie mon mari en éclaireur, qui ne me rassure pas du tout en revenant: j'te préviens, c'est casse-gueule!...vous noterez que c'est certes concis, mais explicite! Il me conseille de chausser les sandales en plastique d'un de nos porteurs, pour éviter de mettre chaussettes et grosses chaussures. Je glisse donc mon 36 fillette dans un bon 42: autant dire que je flotte un peu! c'est pour être raccord avec le temps...

Revenue de mon expédition, dont je vous épargne les détails, nous prenons notre petit déjeuner avant de prendre congé de la famille à 8h00. Je remarque au passage que la jeune fille de la maison est plus du soir que du matin! l'alcool de maïs a du mal à passer, on dirait!

Cette fois, on a pas vraiment le choix, on sort les ponchos. On protège comme on peut le sac photo, que l'on glisse malgré tout sous la cape de pluie, et nous voilà partis!

Avec un temps aussi épouventable, je pensais sincèrement trouver la campagne déserte: pas du tout! au bout de quelques minutes, en traversant un champs de maïs, nous croisons déjà les premiers paysans, courbés sous une toile cirée accrochée au cou.

Khoa a oublié son poncho hier, chez notre hôte précédent! il se protège simplement d'un parapluie, qui montre des signes inquiétants de faiblesse. Mais rien ne semble entamer son moral: il garde le sourire.

Nous arrivons en lisière de forêt et il nous engage à la plus grande prudence: le sol est très glissant, et la pente est raide. Les rochers sont coupants: il faut se méfier, en cas de perte d'équilibre, de ne pas se couper en voulant s'y accrocher...ça promet!

changement_de_d_cor

Finalement, la descente se fait sans encombres, mais les ponchos s'avèrent inefficaces, à la longue. La toile colle à la peau, aux bras, aux jambes, et c'est franchement désagréable. Les éclaircies sont très rares et ne nous permettent pas de nous sécher. Khoa ne prend même plus la peine d'ouvrir son parapluie: il est vrai qu'en forêt, ce n'est pas franchement pratique! Il s'en sert comme bâton de marche, et c'est finalement plus utile, sur le sol glissant!

Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'avec toute cette pluie, on a une facheuse tendance à garder la tête baissée, et on ne profitera que très peu de cette première partie de journée. Et puis, évidemment, on hésite à sortir les appareils photos!
Les montagnes de calcaire offrent des refuges naturels, que la végétation camoufle à merveille. Ainsi, Khoa nous indique l'entrée de l'hopital de fortune des troupes du viet Minh pendant la bataille de Coc Xa. Quand on sait que les combats faisaient rage dans la vallée, je me demande bien comment ils faisaient pour transporter les blessés jusque là! De plus, le terme d'hopital est un peu excessif: il s'agit en fait d'un énorme rocher, comme une coquille d'oeuf, puisqu'il est vide à l'intérieur. Une grotte dans un rocher, recouverte par la jungle. Nous ne nous attardons pas: l'endroit est redevenu complètement anonyme, il ne me "parle" pas.

Lorsqu'enfin, nous arrivons dans la vallée, heureux de ne pas nous être blessés, nous ne prenons même pas le temps de nous retourner. Le cuisinier qui nous sert d'agent de liaison ce jour là regarde le ciel et il semble inquiet...ça pourrait être pire?!...ça peut être pire! Il peut faire de l'orage, en plus. Il presse le pas, et nous interpelle dès que nous trainons un peu: la route est encore longue.

nouveau_styleC'est à cet endroit que nous rencontrons pour la première fois la rivière. Je suis soulagée de voir qu'elle n'est pas bien profonde. Khoa nous propose de chausser nos sandales pour garder nos chaussures sèches, mais nous pensons que ce sera inutile: elles sont hautes, et parfaitement étanches. Et nous la traverserons au moins 5 ou 6 fois sans souci...jusqu'à ce que... "mais si! ça passe! regarde: tu poses ton pied sur cette pierre, puis sur celle là...." quand mon mari dit que ça passe...ben ça passe pas toujours! J'ai bien posé mon pied sur la première pierre, me retrouvant dans une position fort instable mais néanmoins pas dramatique. J'aurais même pu poser mon pied sur la deuxième pierre, si ce maudit poncho, en me penchant, ne m'avait pas masqué la vue! Impossible de revenir en arrière, le pied en l'air, il faut bien finir par le reposer, en espérant viser juste! raté! Il s'écrase lamentablement au fond de l'eau, qui s'engoufre aussitôt dans la chaussure. Du coup, au diable les pierres, je sors fissa de la rivière mais c'est trop tard, j'ai le pied droit qui fait floc, floc!

heeee_ouiQuand René me dit "ben qu'est ce que t'as fouttu? pourquoi t'as pas posé le pied sur la pierre comme je t'avais dit"?!, je déploie des trésors de self- control pour ne pas lui sauter à la gorge et je lui réponds " oh, ben non, j'avais envie de me rafraichir!"...pfff! Evidemment, on se décide à ôter nos chaussures de rando mais pour moi, c'est un peu tard. Le sourire de Khoa, qui, à cause de nous, n'a pas non plus chaussé ses sandales et a les pieds trempés me désarme. Qu'est ce qu'on peut être con bête, parfois!

Quel dommage que le soleil nous fasse faux bon! cet endroit doit être magnifique par beau temps! La rivière qui serpente au beau milieu de cette végétation si dense, offre un décor presque irréel. Je demande à Khoa si ce temps là est fréquent par ici, et il me répond que c'est normal, en période de mousson. Je suis très étonnée, car j'avais bien étudié le sujet, et il me semblait que la mousson ne commençait pas avant mai, et nous ne sommes que mi-avril! Il me confirme qu'"avant", ça ne commençait pas si tôt...mais c'était avant! avant le dérèglement climatique, avant la pollution, avant le réchauffement de la planète. Je me dis que nous avons finalement de la chance: nous aurions pu avoir ce temps tous les jours, et devoir reprendre des vêtements et chaussures trempés chaque matin! Là, nous en sommes à notre dernier jour de marche en montagne, et ce soir, nous pourrons troquer nos grosses chaussures contre des baskets de treck plus légères.

que_d_eau

Parfois, un rayon de soleil nous fait espérer une accalmie, mais des trombes d'eau lui succèdent toujours. Nous cheminons ainsi, pendant plus d'une heure, traversant rivière et rizières, en sandales, surveillant régulièrement nos chevilles pour éviter de nous faire dévorer par les sangsues...ah oui, parce que y'en a! Khoa nous montre celle qui se balade sur sa semelle! Je commence sérieusement à songer à la chambre d'hotel qui nous attend ce soir. A la douche chaude que je vais prendre....à la lessive que je vais faire, parce que j'ai l'impression qu'on dégage la même odeur que les cochons de Monsieur Nac!

Il faut toujours plus presser le pas. Khoa s'arrête quelques minutes: nous en avons fini avec la rivière: on peut remettre nos chaussures. Je lui dis que si le sentier est aussi plat, je peux peut-être garder mes sandales...Non, non, je dois, remettre mes chaussures! beurk! Je comprends très vite pourquoi: un peu plus loin, au bout du chemin, nous devons grimper...."un mur"! je vous assure! aucune autre issue qu'une pente très raide, en terre rouge, que la pluie a rendue très glissante. Notre cuisinier est déjà en haut! je ne sais pas comment il fait, c'est un vrai cabri! Khoa fait une tentative, monte quelques mètres, et fait une superbe glissade jusqu'en bas, en se retenant avec les mains pour ne pas tomber ventre à terre. Les femmes qui repiquent le riz dans la rizière, juste derrière nous, sont hilares!

A partir de là, c'est chacun pour soi: chacun fait comme il peut! je commence à coincer ce ronondedjiu  maudit poncho dans ma ceinture pour ne pas marcher dessus, et je grimpe comme je peux, en poussant des cris de cacatoès et en priant pour que les maigres brindilles auxquelles je m'accroche ne cèdent pas! Dans la rizière, c'est relâche: on a pas rigolé autant dans le coin depuis des lustres! Mon mari est déjà en haut (comment il a fait?!) et me guide, et me tend enfin son bâton pour que je me hisse au sommet!

C'est sûr, ça ne va rien vous dire: une photo trouble, qui ne montre pas grand chose, ça ne vous permettra pas de prendre la mesure de l'exploit, même si le mot est un poil too much, mais je vous la donne quand même:

pfff

Le temps de faire cette photo et on se fait remonter les bretelles par le cuisinier qui nous fait de grands gestes pour que nous nous dépêchions! Bon, d'accord, je viens d'entendre le tonnerre...mais quand même!

Finalement, ce passage nous a rendu notre bonne humeur: puisque le ridicule ne nous a pas tués, on en sort ragaillardis! Nous arrivons au terme du sentier, en approchant d'un village. Une piste caillouteuse remplace la terre et la boue, et nous suivons de loin le cuisinier qui va finir par courir!

thy_MinhKhoa prend tout de même le temps de parler avec quelques villageois, nous montre de loin les systèmes d'irrigation, bien inutiles aujourd'hui, faits de bambous creusés mais soudain, l'orage éclate.

Un vrai! avec de beaux éclairs, qui lézardent le ciel, avec des grondements de tonnerre, qui résonnent au milieu de toutes les montagnes, des craquements qui nous font sursauter....et la pluie, qui se remet à tomber, mais là, le jet d'eau a été remplacé par la lance à incendie! C'est presque en courant que nous arrivons à Thy Minh, une petite bourgade où devait se tenir un marché qui a été annulé en raison des intempéries.

Quelques enfants jouent sous des bâches, et la rue principale est une véritable désolation!

desolationA ce stade de la journée, nous avons marché à peu près 5 heures, au pas de charge, et Khoa nous annonce triomphant que nous rejoindrons le reste de l'équipe en moto-taxi. Mais notre cuisinier sort au même moment d'une minuscule boutique, et il semble porteur de mauvaises nouvelles. Khoa hésite un peu, mais finit par nous annoncer que le programme est quelque peu changé...personne, dans le village, n'accepte de prendre la route par ce temps. Personne n'accepte de nous accompagner à moto: nous ferons le reste de la route à pieds...

A ce moment de la journée, notre moral n'est pas encore trop entamé: marcher, nous sommes venus pour ça! Ce n'est pas un problème, et nous espérons bien une éclaircie... bien sûr, nous sommes un peu déçus: le marché, ici, promettait d'être pittoresque. Mais la petite échoppe dans laquelle nous allons nous restaurer l'est tout autant: nous entrons dans une pièce qui doit faire environ 5 mètres sur 5 (en étant généreuse), qui est tout à la fois épicerie, "restaurant" à table unique, salle d'études pour le petit, chambre à coucher pour toute la famille...bref, c'est à la fois une maison et un magasin!

studieuxComme d'habitude, nous y sommes très bien accueillis. L'enfant accepte de faire une pause dans la partie de fléchettes qui l'oppose à Khoa et René, pour poser à sa table d'écolier. Je fais vite, pour qu'il puisse à nouveau s'amuser. Quelques mots échangés avec la maman, et le repas de midi est convenu. Nous nous installons à l'unique table, séparée de la "chambre" par des rayonnages de marchandises en tous genres: flacons de nuoc mam, cahier d'écoliers, piles électriques, briquets, bière...

En attendant le plat chaud, Khoa nous fait goûter de la viande de boeuf séchée et épicée, que nous dégistons avec la traditionnelle bière locale. Il faut avouer que ce n'est pas mauvais!

reconfortOn jette régulièrement un oeil par la fenêtre, pour constater que la pluie de cesse pas, bien au contraire. Il faut se faire une raison, elle nous accompagnera jusqu'au soir. Khoa décide alors de me faire porter le chapeau...rien de belliqueux là-dedans: il m'offre un chapeau conique (oui, y'en a aussi dans la boutique). Je proteste mais il insiste, en m'expliquant qu'il n'y a pas meilleure protection contre la pluie. De toutes façons, la patronne est déjà en train d'y accrocher un ruban de raffia et l'affaire est faite! Je sens que je vais avoir l'air chouette, avec mon poncho qui me donne un air bossu et ce chapeau! Comme épouventail, y'aura pas mieux!

Une fois réchauffés par un bol de nouilles sautées, nous devons nous résoudre au départ. Le coeur n'y est pas vraiment, d'autant que l'orage gronde toujours. D'ailleurs, pour l'heure, l'électricité est coupée! Mais il ne faut pas tarder: le chauffeur et les porteurs nous attendent au terme de notre chemin, et ils ne savent pas que les motos nous ont fait faux bond!

le_d_lugeUn dernier "Cam on" (je ne garantis pas l'orthographe) et nous revoilà partis. Nous reprenons l'artère principale en sens inverse juqu'au pont sur la rivière, où des hommes sont en train de dépeucer un cochon.

on_tue_le_cochon

Le reste de la journée est une interminable marche de deux heures, sur une pente très raide, boueuse et ravinée. Du paysage, je n'ai rien vu, tête baissée, chapeau conique devant les yeux...le sac à dos ne permettait pas de le porter plus en arrière. Pour la première fois du séjour, je suis fatiguée...non, soyons franche: j'en ai marre!!! Mais bon...je ne dis rien: on est tous dans la même galère, Khoa continue de sourire et le cuisto de râler dès qu'on s'arrête...je dois d'ailleurs déployer des trésors de patience pour ne pas lui dire qu'il commence à me pomper l'air méchamment, lui!!! Derrière moi, mon mari m'encourage, et ça, c'est un signe: il s'est aperçu que je commençais à avoir un coup de mou! Nous croiserons à deux reprises, des motos qui galèreront pour avancer: la boue est pire que le verglas. D'ailleurs, leurs roues sont équipées de chaines, pareilles à des chaines à neige!

Deux heures. Il nous aura fallu deux heures de marche forcée, pour enfin apercevoir au loin la voiture et les motos de nos porteurs. Lorsque Khoa m'a dit "regarde, là-bas!", je l'aurais bien embrassé!

Les retrouvailles sont chaleureuses, et aussitôt, la galère de la journée s'envole. Ne reste qu'un sentiment de fierté, et des souvenirs plein la tête, que nous mettrons longtemps à "digérer". L'écriture de ce carnet y contribue.

Je fais d'ailleurs une parenthèse à ce sujet: d'aucuns se disent peut-être que je suis trop bavarde, que je donne des détails inutiles, que je dilue...ils ont sans doute raison! Mais je rappelle à mes éventuels lecteurs qu'ils ne lisent pas un blog comme on en voit partout: il ne s'agit ici que de carnets de voyages, de souvenirs heureux que je couche sur la toile (avant de les imprimer) pour en garder une trace. Si dans le même temps, certains prennent plaisir à me lire, alors tant mieux, mais je n'ai pas l'ambition de rassembler un fan-club! Si je l'avais voulu, j'aurais procédé autrement, en me référençant sur des annuaires, par exemple. Je referme la parenthèse sur votre indulgeance.

Nous pouvons enfin ôter nos ponchos: le ciel nous fait une faveur! à l'instant où nous arrivons à la voiture, le déluge s'arrête, pour laisser place à une petite pluie fine!  Il est temps de faire l'état des lieux y_a_du_boulot.
Nos chaussures sont trempées et la rivière n'y est finalement pas pour grand chose: l'eau de pluie, ruisselant sur les ponchos, finit par tomber, évidemment, et elle impregne les chaussettes, qui finissent par se gorger d'eau et mouiller les chaussures. C'est peut-être ça, le plus désagréable. La chemise et le bermuda de René sont certes moins boueux, mais guère moins mouillés! Quant à Khoa, dont le parapluie a rendu l'âme depuis longtemps, il est complètement trempé, mais ne cesse de répéter en riant: c'est rien ça! c'est pas grave!

Au fond, il n'a pas tort: rien de grave là dedans...mais ça pourrait venir! parce que le premier qui met son nez au dessus de nos chaussures est mort! "ça non plus, pas grave! à l'hotel, tu laveras dans la douche!"... "les chaussures???!!!" "oui, les chaussures! pas grave!"....oh, ben alors!...

Il eut été dommage de se quitter sans poser ensemble pour la postérité! D'autant que même Mr Jap, si coincé au départ, a fini par se détendre! Le casque en vrille lui va bien, d'ailleurs! Il nous embrasse et demande à Khoa de nous dire qu'il faut que l'on revienne encore...

notre__quipe

La voiture chargée, nous prenons congés de nos porteurs en les remerciant et les félicitant pour les délicieux repas qu'ils nous ont préparés.

Nous prenons la route pour Lang Son, où nous passerons la nuit à l'hotel. Nous pensons en avoir fini avec les petits soucis...c'est sans compter sur un clou, qui nous attendait au milieu de la route, et qui vient se planter dans notre roue!

la_guigne_

Mais trois hommes, ça vous change une roue en un rien de temps! Nous arrivons à Lang Son en fin d'après-midi. Notre chambre est jolie, confortable, et la clim va nous servir à sécher le linge! Khoa nous donne un peu plus d'une heure pour faire la lessive et nous doucher, avant d'aller dîner en ville! y'a pas à dire, c'était la journée pas de course!

Mais finalement, nous sommes prêts dans les temps. Thai N'Guyen, Khoa et nous partons dîner dans un restaurant très typique, où nous serons les seuls occidentaux. Ils décident de nous faire goûter la fondue de poisson...c'est pas le meilleur repas que nous ayons fait! Parce que les poissons qui tournent en rond dans la casserole en vous regardant du blanc de l'oeil cuit, c'est pas top!....surtout qu'ensuite, il faut retirer peau et arrêtes, et c'est pas simple! surtout sous les regards moqueurs de nos deux compères qui eux, mangent tout, y compris la tête...beurk!!!

Après le repas, nous allons faire un tour au marché couvert de la Ville. Lang Son est une ville importante, très animée. Le marché ressemble un peu à un souk, avec des lumières beaucoup plus blafardes et des marchandises moins artisanales! Evidemment, là, nous trouvons un groupe de touristes français occupés à marchander des contre-façons made in China! La montagne me manque déjà! Heureusement, demain, nous filons pour la baie d'Halong!

En rentrant à l'hotel, je file faire un tour sur le net pour donner des nouvelles à mes filles, et pour consulter la météo du lendemain. Dehors, il pleut toujours, et ce que je vois sur mon écran me démoralise: 20 ans à rêver de la baie d'Halong, pour la voir sous la pluie...pourtant, j'ai beau chercher dans mes souvenirs: j'ai jamais fait pipi contre un totem! alors pourquoi, hein? pourquoi?! J'en suis là de mes désolantes constatations quand j'entends derrière moi "allez, viens te coucher, au lieu de dire des bêtises!"...ça vous remet les pieds sur terre en moins de deux, ça!

Posté par neferka à 09:50 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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